2017-05-26

Les deux sœurs de Claude Sauvade

Découvrir les vrais parents de Claude Sauvade apporta deux sœurs cadettes dans les branches de l’arbre de notre ancêtre.
Leurs mariages les conduisirent à des vies bien différentes l'une dans un château, l'autre dans un moulin.

La plus jeune, Jeanne Marie, était inscrite tout en haut d’une liste généalogique. Merci Arlette de m’avoir communiqué son aïeule jusqu’aux contemporains.  Mais à cette époque-là, je pensais qu’Anne et Jean Baptiste étaient  la tante et l’oncle  de Claude. 
Il se trouve finalement qu’Anne Fayolle de la Bruyère et Jean Baptiste Sauvade sont nos aïeux communs (je l’explique dans l’article précédent)

Voici le chronogramme de la famille en 1805.


Les trois enfants de ce couple sont nés à Ambert, au Moulin Richard-de Bas,
en 1779_ 1780 et 1781

Jeanne Marie est née le 12/12/1781.
  • Elle avait 25 ans lorsqu’elle épousa François Dandrieux, le 7 janvier 1806 à Ambert. François était à cette époque compagnon papetier, il entrait ainsi dans une grande famille de papetiers. Les témoins étaient les oncles par alliance Claude Micolon et Claude Sauvade Sauvade (ainsi dénommé à la mode d’Ambert, pour avoir épousé Marie Sauvade) ils ont signé avec l’épouse […]« ce que l’époux n’a sceu faire de ce enquis »


Moulin Richard-de-bas, Ambert

Jean, le père de Jeanne Marie venait de décéder, dans cette maison quelques mois auparavant le 21 octobre 1805. 
Anne, sa mère, habitant à Montbrison, a donné une procuration, mais n’était pas présente au mariage.

Hélène Sophie est née le 23/10/1780
  • Elle avait 32 ans, le 30 juin 1813, lorsqu’elle épousa Jacques Joachim Louis Le Blanc d’Éguilly « ancien capitaine d’artillerie âgé de soixante deux ans cinq mois vingt huit jours », comme il est noté très précisément dans leur acte de mariage. Elle vivait dans la région parisienne Le Pin en Seine-et-Marne.

Sa mère résidant à Saint-Germain-en-Laye a signé une procuration.
Le vieil époux est mort neuf ans plus tard à Éguilly (Aube) où il avait hérité d’un très ancien château.

Château d'Eguilly, Aube

  • Hélène s’est remariée quatre ans plus tard avec Jean Baptiste Jacques Chary habitant Éguilly. Il avait 46 ans, soit un an de plus qu’elle. 

Hélène est décédée en 1854, en son domicile, le château d’Éguilly qu’elle a donc hérité de son premier mari.

J’ai consulté les recensements d’Éguilly 
En 1836, seize personnes vivent à cette adresse avec le couple. Le château est très grand.
En 1841, apparaît Henriette Sauvade comme fille adoptive (est-ce une parente adoptée ?)
En 1846, elle est chef de ménage et vit avec Léocadie M, (qui serait sa petite fille ?)
et Marie Joubert, sa nièce âgée de 60 ans, cinq ans de moins qu’elle.
(Il reste à les replacer dans l’arbre.)

Post scriptum
Claude Sauvade avait en fait trois sœurs.
  • Une sœur aînée, se nommait Hélène, comme sa tante maternelle. Elle est née à Ambert le 16/09/1771
Elle était la marraine de sa sœur Hélène Sophie, à qui elle a donné son prénom. Elle avait neuf ans. 
Ensuite j’ai perdu sa trace.


Pour voir les articles qui présentent :
➢La maison où est né Claude Sauvade : le moulin de Richard
L'épouse de Claude Sauvade : Antoinette Poutrain  
➢L'oncle de Claude Sauvade : Jacques Sauvade 

➣L'oncle de Claude Sauvade : Benoist Sauvade dont vous lirez bientôt le destin tragique 

2017-05-20

Antoinette, une lectrice, faiseuse de mode… que de mystères !

Ce Rendez-vous Ancestral (#RDVAncestral), arrive à la suite de mes deux précédents billets sur Claude Sauvade.
Puisqu'elle réside près de chez nous, je propose d'aller voir son épouse, Antoinette P. J’aimerais tant pouvoir remonter dans l'arbre de celle-ci, mais cette branche reste encore mystérieuse.


Lorsque je passe par la montée du Chemin Neuf, je lève les yeux sur la façade de cet immeuble en me demandant laquelle est la fenêtre de sa chambre. Il faudrait un jour que je m’arrête pour lui faire une visite.

Montée du Chemin Neuf, n°2


Nous sommes en 1873 à Lyon, puisque je sais qu’elle va mourir avant la fin de l’année, je dois rencontrer Antoinette Poutrain.


Je frappe au n° 2, la porte est ornée d’une belle croix en fer forgé. Une religieuse m’introduit dans la chambre d’Antoinette, elle ne sait pas me dire si leur pensionnaire est âgée de 80 ou 84 ans (ce qui ne va pas m’aider à retrouver sa date de naissance).

Antoinette Poutrain
Notre arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère paraît heureuse d’avoir de la visite. Clotilde, sa fille, est trop occupée pour venir tous les jours. Je lui montre l’album de photos pour qu'elle me décrive chacun de ses petits enfants : l’aîné Antoine est un jeune homme de dix-sept ans, Joséphine a quinze ans, Augustin treize ans, Jeanne onze ans, la plus jeune Fanny a cinq ans.
Cette énumération la fatigue, (ce n'était peut-être pas une bonne idée d'apporter cet album), elle demeure en silence, plongée dans ses pensées, puis elle me dit :
- Notre fille unique est venue habiter Lyon, elle a maintenant une grande famille notre Clotilde. 

Elle ajoute qu’elle aimerait aller à Mons ou à Montbrison, pour voir sa sœur.
Je ne comprends pas très bien, alors je lui fais répéter Mons ou Montbrison ? Une sœur ou deux sœurs ? Narcisse Sophie et Sidonie Joseph ?  Une sœur ou une sœur religieuse ? (Je pose trop de questions, je le sais, mais si je pouvais ajouter des informations sur sa famille …)
- Narcisse, ma sœur a 80 ans, elle habite à Montbrison, rue de la Madeleine.

J'insiste : Est-elle votre sœur, cette Sidonie, fille de Pierre Joseph Poutrain, décédée le 17/10/1864 dans le couvent des sœurs noires, à Mons, Hainaut ?
- Ma mère s’appelle Thérèse Angélique Jacque…. 
(Le doute est là, concernant la mère de Sidonie, faut-il entendre Jacquemart ou Jacquet ?)
Je ne sais si la vieille dame est sourde ou amnésique mais la conversation s’avère laborieuse.

Nous restons en silence.

Elle aimerait que je lui lise des livres. Une légende familiale raconte qu’Antoinette (ou bien sa mère) était lectrice de la reine. De la reine ! … quelle reine ? Antoinette est née à Mons, en Belgique entre 1789 et 1793.
Je n’ai pas réussi à trouver de traces pour étayer cette histoire que j’aimerais étoffer.
A propos d’étoffe, chère Antoinette est-il vrai que vous étiez couturière ?
- J’étais faiseuse de modes à Montbrison, avant mon mariage.

Ses parents étaient déjà décédés et je ne sais rien de plus que leur nom. Antoinette m'en dira-t-elle davantage?

Le parcours se dessine. En 1828, Antoinette avait trente huit ans lorsqu’elle a épousé Claude Sauvade qui en avait dix de plus. Le fameux Claude dont j’ai réussi à trouver les vrais parents grâce à la publication de leurs bans à Montbrison.
Je n’ai pas vu votre acte de mariage, lui dis-je.
Antoinette sait que les archives de Paris ont brûlé il y a deux ans, en 1871. Je lui demande pourquoi elle ne s’est pas mariée à Montbrison. Elle m’explique que Claude résidait à Paris, 33 rue du Colombier. (Et moi qui le cherchais à Saint-Etienne.) Que faisait-il à Paris ?
- Claude était employé au ministère des finances à cette époque-là. Nous avons ensuite habité à Saint-Etienne rue de la Loire. C’est là qu’est née Clotilde en 1833.

Antoinette est veuve depuis une quinzaine d’années. Claude est décédé dans leur maison de Crémerieux en 1858.

Elle me demande si je vais aller à Mons. Effectivement j’aimerais connaître sa ville et l’histoire de sa famille. Elle voudrait m’aider … mais elle reste silencieuse un long moment.
Antoinette souhaite encore que je lui fasse de la lecture. Je prends un livre et je lis lentement :
«On n’est
 On n’est pas
On n’est pas là
On n’est pas là pour
On n’est pas là pour disparaître »[1]

Je vois qu’elle écoute, je continue à lire 
« Pour restituer le cheminement d’une existence, il faut tenir compte des aléas, des brisures, des défaillances qui la composent, ruptures, défaillances, brisures qui ne sont pas forcément lisibles sur les biographies officielles. L’existence est en effet trouée et inégale »[1]

La vieille dame paraît absente, je comprends que je dois respecter son silence et prendre congé.
Sur le pas de la porte,  elle me demande si je pourrais un jour revenir pour lui faire la lecture.




[1] Olivia Rosenthal, on n’est pas là pour disparaître, Gallimard, 2007, 216 p.

2017-05-01

Une erreur qui fait avancer à pas de géant

Dans mon précédent billet, j’ai été un peu injuste avec Jacques Sauvade. Je lui dois quelques excuses car c’est grâce à lui qui j’ai pu aborder ses ancêtres... qui sont aussi les nôtres.
J’ai un grand plaisir à explorer leur généalogie, à visiter leur région, à collectionner des ouvrages parlant d’eux, à me rendre aux AD du Puy-de-Dôme et à transcrire leurs contrats …
D’ailleurs, même si j’ai cru longtemps que Jacques était l’ancêtre de mon mari, je ne m’étais pas autant fourvoyée que vous pourriez le supposer.
Cette erreur sur Claude Sauvade était inévitable, d'ailleurs si je ne l’avais pas faite, je n’aurais jamais réussi à remonter dans sa forêt d’ancêtres. 

Reprenons la base de l’arbre :
J’avais pour seul renseignement l’âge de 79 ans au décès de Claude Sauvade, il a vécu à Saint-Etienne où il exerçait la fonction de percepteur. Je cherchais désespérément comment il avait pu rencontrer sa femme Antoinette Poutrain qui est née à Mons en Belgique.
J’ai donc feuilleté plusieurs registres des différentes paroisses de Saint-Etienne et je me suis arrêtée sur l’acte de naissance d’un Claude Sauvade, fils de Jacques, que je situe en 1778, dans mon dernier RDVAncestral : « Je ne suis pas votre ancêtre »
Il n’empêche que, par chance, les parents de Jacques sont aussi les nôtres.

Nous sommes allés sur le chemin des papetiers à Ambert


Marcher sur les pas des familles

Sauvade_ Vimal_Richard_Gourbeyre … 

voir leurs moulins, 

écouter leurs ruisseaux,

marcher dans leurs prés, 

c’était un enchantement.




Et j’ai découvert récemment que notre Claude Sauvade est né précisément au Moulin de Richard, la maison de ses ancêtres que nous avions visitée avec une émotion particulière.

Moulin Richard-de-Bas

Le berceau suspendu au dessus du lit-clos pourrait bien être celui dans lequel Claude nouveau-né a été déposé le 5 septembre 1779

Richard-de-Bas, le lit 
Ce qui m’a permis de rectifier les erreurs enregistrées, c’est la publication des bans du mariage de Claude, publié à Montbrison mais célébré à Paris en 1828. Les archives parisiennes ayant brûlé, je ne retrouverai pas cet acte, mais je ne désespère pas de lire un contrat de mariage. Le plus important est qu’il indique le nom des parents qui sont Jean Sauvade et Anne Fayolle.
Ce couple ne m’est pas inconnu, il se trouve que je connais bien Jean Baptiste qui est justement le frère de Jacques ! 
Si les recherches sur Anne Fayolle de la Bruyère furent un peu complexes, les résultats s'avèrent encore plus passionnants, je vous raconterai cela. 
J’aurais dû être alertée par un  petit papier, caché dans un  coffret en bois avec une serrure de secret qu’une cousine possède. Sur ce papier est écrit le nom d’Anne Fayolle, je pensais alors que c’était une tante,  Anne est la mère de Claude Sauvade. 

(Oups ! j'ai tout une série de correspondance à rectifier)

2017-04-15

Je ne suis pas votre ancêtre

Ce Rendez-vous Ancestral (#RDVAncestral) du mois d’avril est encore un peu manqué ! 

Trop heureuse d’avoir trouvé le père de Claude Sauvade, ancêtre de mes enfants (sosa 94), je vais voir le baptême célébré dans la Loire, à Saint-Etienne, le 29 septembre 1778, dans la paroisse Saint-Etienne justement.
Je me présente à Jacques Sauvade qui me reçoit avec un air distant.
« Vous faites erreur, Madame, je ne crois pas vous avoir invitée au baptême de mon fils. »

J’essaye de lui expliquer que nous sommes ses descendants. Claude Sauvade va vivre longtemps, il habitera Saint-Etienne au n°27 de la rue Neuve, il décédera à Crémerieux, en août 1858 à l’âge de soixante dix-huit ans. Voici son portrait :

Claude Sauvade

Jacques Sauvade me fait remarquer que je ne sais pas compter avec exactitude.
La recherche généalogique exige de la rigueur, me dit-il, moqueur.
J’en conviens mais j’essaye d’expliquer combien il a été long de chercher dans les registres toutes les paroisses de Saint-Etienne. J’étais trop satisfaite lorsque j’ai trouvé la famille du nouveau-né baptisé ici, au nom de Jean Claude Marie Sauvade.


Je tente de confier que je me suis sentie proche des parents de Gabrielle la jeune maman. Un jour nous sommes même allés jusqu’à Saint-Romain-les-Atheux. En suivant la route que ce marchand devait bien connaître pour se rendre à Saint-Etienne, j’ai pensé à son aïeul, André Couturier. Comme s’il était notre ancêtre.

Mais nous ne somme pas vos ancêtres ! affirme Jacques péremptoire.

Alors, tout cet arbre magnifique que j’ai réussi à reconstituer… Dois-je le déraciner ? J’accuse le choc, ne sachant encore si je dois le croire.

J’ai cherché longtemps l’origine de la famille Sauvade.  Lorsque j’ai pu agréger à cette branche cinq générations de célèbres papetiers d’Ambert, lesquels sont les ancêtres de Jacques, j’ai trouvé cela passionnant. Dois-je renoncer et les décrocher de notre arbre ? Jeter tous les actes que j’ai récoltés aux AD 63 ?

Jacques me rassure en me disant de poursuivre mes recherches sur ses ancêtres à Ambert. Un peu moqueur, il ajoute que je ne suis pas très loin de trouver notre Claude Sauvade.
Mais il ne peut pas encore me donner des indices, car celui naîtra un an plus tard. 

(à suivre...)

2017-04-13

Généalogie en Colombie (3)

El renacer de los dinfuntos_  la renaissance des défunts



Pour célébrer la glorification des ancêtres, les rites funéraires réunissaient le groupe familial ainsi que toute la communauté. Lors des cérémonies, la musique et les danses avaient pour fonction d’appeler le défunt à une renaissance dans le monde souterrain. Pendant ce temps les hommes creusaient la terre pour inhumer le corps et disposer des trésors façonnés par les orfèvres qui excellaient dans le travail de l’or.
Museo del oro, Cartagena

Les rotondités que l’on retrouve sur les pièces, les pectoraux et les bijoux évoquent tout à la fois la gestation, l’annonce d’une nouvelle vie ou la renaissance des défunts.


La rondeur du tumulus était une allusion au sein de la mère.
Sur la tombe on plantait un arbre, symbole de fertilité et de vie nouvelle. 

Dans les branches, on accrochait des cloches qui tintinnabulaient avec le souffle du vent.

2017-04-09

Des arbres généalogiques en Colombie (2)

Los Tatarabuelos de Guillermo

En visite à Popayan, dans la maison d’un homme politique et poète, nous avons été impressionnés par son arbre généalogique.


Les tatarabuelos de Guillermo Valencia ont construit cette belle demeure en 1720. La sonorité du mot « tatarabuelo » désigne génialement les trisaïeuls, n’est-ce pas !
Voici les portraits des ancêtres mis à l’honneur dans le salon de leur maison qui a survécu au tremblement de terre qui en 1983 détruisit la "ville blanche".


Guillermo Valencia (1873-1943) a eu cinq enfants avec Josefina Muños, ils portent le patronyme  Valencia y Muños. Il n’a pas donné son nom aux enfants nés hors mariage, même si la paternité était connue de tout le monde. Son fils Guillermo Leoń Valencia Muños fut président de Colombie. Sa fille Josefina réforma la constitution pour accorder le droit de vote aux femmes.

2017-04-02

Des arbres généalogiques en Colombie (1)

Il est intéressant de voir les pratiques de la généalogie lorsque nous voyageons dans les contrées lointaines.
Nous étions en Colombie, j'ai eu envie de collectionner les photos d’arbres généalogiques rencontrées dans les musées.


Une collection de photos que l'on rêverait d'avoir, placées dans des médaillons, serrées les unes contres les autres occupant tout l'espace à l'intérieur d'un beau graphisme, des signatures, une date : 1915. Il n'y a pas de femmes, est-ce un arbre généalogique ?

Ci-dessous admirons un très grand arbre généalogique, il a fallu assembler deux photos pour le reconstituer intégralement. Du rameau supérieur descendent une multitude de feuilles diaphanes avec un prénom et un nom soigneusement inscrits selon les familles : sur le bord extérieur des feuilles, transversalement  ou dessinant des nervures fines. Regardons-le en détail, c'est un chef d'oeuvre.

Barichara, casa de la cultura

Des amis ayant amené la conversation au sujet de leur généalogie s’étonnent de la facilité des recherches en France. Comme beaucoup de néophytes, la mémoire de la plupart des personnes ne remonte guère plus loin que leur grands-parents, ils connaissent à peine le nom de leurs arrières-grands-parents, à moins d’être issu d'une famille dont l’histoire est valorisée.

En Amérique du sud les descendants des conquistadores ont transmis des patronymes paternels et maternels dont l’origine est espagnole, ils dominent dans le pays.
L’ascendance indigène est plus difficile à retracer, je suppose qu’il existe des registres de baptêmes qu'il faudrait retrouver..
La population s’est métissée au fil des siècles, il doit être passionnant de faire de la généalogie en Colombie. Si j’avais le temps j’aimerais accompagner mes amis à la recherche des archives.

Juste pour rêver devant cette installation au musée d'Antioquia.
S'asseoir devant ce magnifique arbre aux fleurs jaunes d'or, nommé guyacan, se déchausser et méditer. Une pluie de feuilles d'or tombe sur la terre-mère et un tout petit personnage, vêtu d'une robe blanche, s'avance vers l'arbre magique. Serait-ce le spectateur qui entre dans le tableau ?

El pueblo y el guayacan , Ethel Gilmour, museo de Antioquia, Medellin

2017-03-18

En mer des Caraïbes

Vais-je réussir à honorer notre #RDVAncestral ?
Nous sommes actuellement à six mille milles de nos ancêtres. Cherchons lequel de nos marins pourrait naviguer sur la mer des Caraïbes et venir nous rejoindre à Cartagena de las Indias…

Mon arrière grand-père, Brunos’est embarqué à Marseille le 30 janvier 1850, en qualité de matelot sur le navire Joseph.

Ce jeune homme de 24 ans n’est pas encore le capitaine intimidant que je n’oserais aborder aussi spontanément.
Essayons de lui envoyer des messages, comme je le fais pour communiquer avec nos jeunes.




Moi : écrivé-je
Bonjour, Je suis à Cartagena. Si tu te trouves dans la mer des Caraïbes, nous pourrions nous rencontrer ?
Bien à toi,
Ps. Je suis ta descendante.  

Bruno
Salut, notre navire a quitté Marseille le 2 février. Nous avons traversé l’Océan Atlantique. Là, gros temps, mer agitée.

Moi : e-mailé-je
Vous avancez à la voile ou à la vapeur. Désolée je ne connais guère la marine, ni ton époque.
Pour nous c'est plus facile, nous avons traversé l’Atlantique en avion, via Atlanta pour arriver à Bogota.

Bruno
Je ne reçois que des bribes de messages. Tu me dis que tu es ma descendante, mais je ne crois pas en avoir encore ?

Moi :Twitté-je 
Yep @BrunoB ;-) Fille du fils de ton fils, je porte ton patronyme #Généalogie 

Bruno
Ah ? Communication intermittente, on ne capte rien…
On languit d’arriver au port de La Havane.


Moi : téléphoné-je
Je comprends, Cuba brouille l’accès internet, mais le dictateur est mort, il faudrait que la situation s’améliore dans ce monde d'aujourd'hui… Viens donc nous rejoindre en Colombie.

Bruno
Si je peux me libérer, j’irai à Cartagena de las Indias, la perle des Caraïbes dit-on.

Moi _ Instagramé-je
Je t’envoie une photo, la ville a gardé son charme ancien, on  se croirait à ton époque.


Bruno
à La Havane, beaucoup de travail pour décharger les marchandises.

Moi : SMS-je
Que transportez-vous ?

Baie de La Havane

Bruno
Hâte de goûter le rhum, ce soir permission de fêter notre arrivée à La Havane

Moi : WhatAppé-je
Bon, c’est normal pour un matelot de ton âge de faire la fête avec les copains. Je comprends bien que tu n’as guère envie de me parler. J'en sais plus à ton sujet que réciproquement, mais je vais continuer à retracer ta vie.

Bruno
Pas de réseau...

Moi : Facebooké-je
Eh bien mon cher Bruno, je comprends que tu as autre chose à faire que de penser à ta descendance.
Je te souhaite bonne chance, garde-toi bien.
Hasta luego

2017-03-11

Cent ans de solitude


Cien años de soledad, Gabriel Garcia Marquez, 1967, ed. Points, 437 p.


Ainsi que tout voyageur partant en Colombie, j'ai mis dans mon sac ce livre du plus célèbre auteur Colombien. Gabriel Garcia Marquez est un héros dans son pays.
J’apprécie ce roman davantage que lors de mon premier voyage en Amérique du Sud. En effet, il y a pour chaque livre un moment privilégié où il vous touche intensément.

Je relis donc cette histoire comme une passionnée de généalogie, ce que je n’étais pas autrefois. J’ai pourtant retrouvé cet arbre dans mon vieux livre.

Entre nous, je ne voudrais pas être le généalogiste de cette famille compliquée que l’on voit vivre sur six générations pendant 100 ans.
José Arcadio Buendia est le fondateur de Macondo, village sans rue, entre montagne et forêt vierge, coupé du monde. La solitude apparait le dénominateur commun de tous les personnages.
« Le temps ne passe pas, il tourne en rond » Les événements se répètent et le village ne reste pas longtemps préservé des troubles, épidémies, amnésie, guerre, exploitation bananière puis décadence.

Ursula sa femme, qui a toute mon admiration, vivra cent ans. Ils ont trois enfants : José Arcadio, Aureliano et Amaranta. En Colombie l’usage est de donner le nom du père au fils aîné, il y aura cinq Jose Arcadio. Aureliano est le père de dix sept Aureliano de mères différentes. Les prénoms des filles sont aussi réattribués aux bébés des générations suivantes. Les enfants qui vivent dans la famille  Buendia ignorent souvent qui sont leurs géniteurs, d’où complications, incestes, et malédictions.

« Il n'y avait, dans le cœur d'un Buendia, nul mystère qu'elle ne pût pénétrer, dans la mesure où un siècle de cartes et d'expérience lui avait appris que l'histoire de la famille n'était qu'un eng renage d'inévitables répétitions, une roue tournante qui aurait continué à faire des tours jusqu'à l'éternité, n'eût été l'usure progressive et irrémédiable de son axe. » dit Pilar. Cette voyante qui a initié plusieurs hommes se trouve être mère et grand-mère de beaucoup de leurs enfants qu’elle a apportés à Ursula.

Le réalisme magique de cette épopée peut apparaître déroutant, je vous conseille de vous laisser porter par l’écriture luxuriante sans porter de jugement sur la folie de cette famille.


2017-02-18

Bien plus vaillant qu’il ne le croit.

L’an mil six cents quatre vingts et huit 
et le dixième jour du mois de septembre après midi,

quelque peu intimidée par la situation qui se présente lors de ce #RDVAncestral
je vais vite rendre visite à mon sosa 1400. 
Claude Aymar est mon ancêtre à la XIème génération.


- Ah ma petite c’est bien gentil de me rendre visite, mais je crois que nous ne nous reverrons plus. Je vais mourir et je m’y prépare.
- Mais, grand-père Claude !  Vous n’êtes pas encore dans la tombe, je vous vois bien gaillard.
- Tu dis cela pour me flatter, j’aimerais que tu aies raison, cependant aujourd’hui je suis tellement fatigué, je suis détenu dans mon lit de maladie corporelle. C’est vrai que j’étais bel homme il y a peu de temps encore.
- Allez Claude, vous n’avez que quarante huit ans, vous êtes dans la force de l’âge, vous vous remettrez de cette fièvre. Vous avez néantmoins votre bon sens, ferme parole, bonne veüe et connaissance.  Je suis certaine que vous allez guérir promptement.
- Oh ... si tu connais l’avenir ! toi ma petite …
- Je sais que vous allez atteindre l’âge de quatre-vingts ans grand-père. Vous survivrez à Hélène.
- Ma femme est plus jeune que moi, lorsque je l’ai épousée elle avait vingt-trois ans et moi trente-cinq ans.
- Hélène Capon a donc trente -cinq ans maintenant, je n’ai pas encore retrouvé vos dates de naissance.
 Vous avez quatre gars et deux filles en bonne santé :
Claude_ Maximin _  Joseph _ Jean Joseph _ Marguerite_et la petite Félicité qui a neuf mois. Vous devez vivre pour les élever.
- C’est bien ce qui me fait du souci. J’ai fait appeler Maître Dessene pour lui dicter mon testament. Je veux donner à chacune d’icelles la somme de cent vingt livres oultre et par-dessus leur hardes telles qu'elles seront payables lorsquelles viendront en mariage. 
- Alors grand-père, je vois que vous avez réfléchi sérieusement, vous savez tenir les comptes.
- Je fais confiance à Hélène qui sera mon héritière universelle. Mais je n’exclus pas qu’elle se remarie et mes fils s’occuperont alors de nos affaires.
- Allez ne vous inquiétez pas tant, je vais vous dire qu’Hélène vous donnera encore cinq enfants.

- Puisses-tu prédire de bonnes nouvelles …  Je suis tellement fatigué que je pense arranger mes funérailles au cas où la mort vienne me chercher rapidement.   Voulant les obsèques estre faites ainsi que de personnes de ma condition, mes confrères Pénitents Blancs se chargeront d’organiser la procession et j’ai esleu la sépulture de mon corps à celle où mon feu père Rostan Aymar a esté enseveli. A présent, je dois réfléchir à mon testament.

testament de Claude Aymar 1688

Je prends congé de mon ancêtre.
En sortant de sa maison, je croise le notaire chargé de son papier et de ses plumes. Il va écrire ces pages que je retrouvées avec émotion aux Archives du Var.
Les mots en italique sont recueillis de la bouche de Claude Aymar.

2017-02-17

Dispersés

Dispersés,  Inaam Kachachi, ed. Gallimard, 2016, 272 p.


Ils sont dispersés à travers le monde les membres de la famille de Wardiya. Elle-même, à l’âge de 84 ans, s’est résignée à quitter son pays, l’Irak. Elle arrive en France où elle retrouve sa nièce. Une complicité se noue avec son petit neveu adolescent. Iskandar porte le même prénom que beaucoup de parents qu’il ne connait pas, il tente de reconstituer cette famille dispersée dont il ne comprend pas les racines. Passionné d’informatique, il a l’idée de constituer un cimetière virtuel qui rassemblerait les membres décédés et éparpillés loin des sépultures qui les attendaient traditionnellement.
Car la guerre sépare et détruit ce que la mauvaise politique avait déjà ruiné dans ce merveilleux pays des mille et une nuits.
Wardiya a un parcours remarquable. Médecin gynécologue, elle jouit d’une grande estime car elle a aidé tant de femmes, elle a fait naître tant d’enfants, elle s’est employée à moderniser l’hôpital que l’on voit vivre au fil de ses récits.
Dans ce roman, la naissance et la mort s’entrecroisent dans les souvenirs. La vieille dame raconte et transmet au jeune homme la force et la faiblesse de ceux qui vivent en exil.
Ce récit plein de nostalgie, cependant tout en douceur, nous montre la désolation de ce peuple d'Irak qui a connu une époque où chrétiens et chiites vivaient en bon voisinage, s’invitant et travaillant ensemble. Lorsque le vent a tourné, c’est la ruine de tous les espoirs.
Que ferions-nous : émigrer comme les enfants de Wardiya ou rester jusqu’à la limite de l’insoutenable comme elle qui a continué à soigner les femmes avant d’accepter de vivre en exil parmi des immigrés à Paris ?

Parlons généalogie avec les adolescents qui peuvent nous surprendre en l’organisant de manière originale …

2017-02-10

Un revolver, un fantôme, des photos … La généalogie côté insolite

C’est une histoire de mort violente très romanesque. Cependant si l’on touche aux secrets de famille il convient de ne pas les révéler imprudemment, comme le dit Guillaume dans son billet sur les fantômes.

O. était désespéré, les deux balles du revolver qu’il tenait à la main ont mis fin à sa courte vie. Le jardinier est accouru, alerté par le bruit, hélas le médecin n’a pas pu le sauver. Et Marie qui était allé voir sa mère ... On imagine le choc que son épouse a dû ressentir en découvrant la funeste nouvelle. 

Voilà ce que nous apprend un article de journal qui dormait entre les pages d’un cahier. Daté de 1913, il a été découpé et conservé par un aïeul.


Ce patronyme que l’on a flouté ici, je ne vous le dévoilerai pas, par souci de discrétion, même s’il pourrait être celui d’un personnage de roman proustien. Je ne sais pas si cet homme a eu des enfants. Il était marié depuis cinq ans. Il avait quarante-deux ans, la mention de l’âge ci-dessus est erronée.
Mes recherches pour trouver son acte de décès sont restées vaines.
Les généalogies consultées ne mentionnent pas de descendance, elles ignorent toutes la date de sa mort, alors qu’elles connaissent son ascendance. Ce n’est donc pas à moi de leur apprendre la vérité du suicide. Ses neveux et leurs descendants ont-ils été informés de cette tragédie ?  Il se peut que sa femme se soit remariée, et qu’elle ait eu des enfants, des petits-enfants.
Le personnage m'est resté longtemps inconnu malgré mes recherches dans nos arbres et sur la toile. Il demeurait dans un coin de ma mémoire car la sonorité de son prénom et de son nom me plait particulièrement. Récemment je l’ai retrouvé dans des albums de photographies conservés par un cousin. J’ai tiré des liens, j’ai mis de l’ordre dans les branches des arbres éloignés.


 Connaissant la terrible fin de vie de l’aîné (à droite), le portrait de ces enfants est particulièrement émouvant.

Dans un autre album, il y a aussi cette ravissante femme qui pourrait bien être leur mère.




Ps. Je vous demande à votre tour la discrétion pour ne pas réveiller ces fantômes-là.

2017-01-30

Projets généalogiques pour 2017

Puisque le #généathème de janvier propose « j’organise mon année généalogique » comme le font les généablogueurs je vais annoncer mes projets pour 2017.
J’ai tendance à me disperser lorsque je jardine dans ma forêt. Je m’occupe de plusieurs branches et de plusieurs arbres en même temps et j’adore cela. Je sème des graines, je fais des boutures, j’ai une dizaine d’articles en cours d’écriture qui attendent de mûrir pour être récoltés dans mon panier, enfin dans mon blog.

Le ChallengeAZ est en construction, j’ai déjà le thème mais chut...
Réussirai-je à réunir un bouquet plaisant autour des 26 lettres ?


Le projet lié à mon travail sur le fonds de correspondance familiale devrait se centrer sur la période 1914-18. Le coffret bleu que l’on m’a confié contient la correspondance quasi journalière envoyée par Marie à son époux entre 1914 et 1919. Ayant commencé à classer et à lire ces lettres, je prends des notes afin de numériser les pages importantes, mais j’ai pensé déclarer forfait devant la quantité de missives. Or, il se trouve que les Archives de Lyon viennent d’annoncer que leur prochaine exposition aura pour thème la vie quotidienne à Lyon pendant la Grande Guerre. Lors de la semaine de la généalogie en novembre, si je réussis à monter une présentation de ces lettres en croisant les événements qu’elles évoquent, je pourrais proposer ce témoignage sur le vif de nos familles lyonnaises au temps de la Première Guerre mondiale.

Bien sûr, je prévois encore de papillonner sur mille sujets.

J’aimerais avancer mes chantiers généalogiques en cours.

Plusieurs contrats de mariage que j’ai photographiés attendent d’être transcrits et étudiés en détail. Auriez-vous mis au point un modèle de tableau qui permettrait de comparer la valeur des dots au fil des époques, selon les familles ?

J’ai eu la possibilité de numériser des albums de photos inespérées, il faut que je prenne le temps de les relier aux personnes des arbres, même si ce sont des portraits de cousins éloignés à identifier. En croisant les sources, j’ai réussi à poser des noms sur des photographies.

Et voilà une quantité d’histoires à mettre en forme…

2017-01-25

Mon blog a deux ans

Il y a deux ans, un petit blog ouvrait ses yeux dans le monde des généablogueurs. Je l’ai bien nourri et « La forêt de Briqueloup » a grandi.

On peut lire 144 articles.  Il y en avait soixante treize la première année.  En 2016 j'en ai écrit soixante trois, et déjà huit sont parus en ce mois de janvier. Le nombre de pages vues a été multiplié par six et j'en suis agréablement surprise.


Par la magie de l’écriture, je voyage en explorant les arbres de ma forêt au gré des pages.

Quel bonheur d’habiter en rêve « Mon village en Provence » pendant le temps de la préparation des articles du ChallengeAZ ! Le bilan du ChallengeAZ est le billet le plus lu de cette série que j’ai voulu comme une farandole pour faire danser mes ancêtres. 

Tellement entraînée dans la danse, la cigale a continué à chanter tout l’été en passant d’un arbre à l’autre.


Pendant ce temps, la fourmi  travaillait pour le projet de la semaine de la généalogie aux AM de Lyon. Mon blog en a profité pour raconter quelques parents ou cousins lyonnais : http://briqueloup.blogspot.fr/search/label/Lyon

Voici un résumé de la présentation d’une correspondance familiale au XIXème siècle relatant les mariages de cinq générations à Lyon :

Avec les Archives de Lyon, j’ai animé plusieurs ateliers d’initiation. Je voulais partager mon enthousiasme pour convaincre les passionnés de généalogie d’investir les réseaux sociaux :
  • « Bloguez, twittez, partagez votre généalogie… »
  • « Indexation et annotation collaborative. A vous de jouer, devenez acteurs sur le web »
  • La généalogie en famille : « Enfants, parents, grands-parents découvrez ensemble la généalogie. »

Les articles de méthodologie « Pour une recherche aux Hypothèques » ont eu du succès.
I_ aux AD 69 et II_ aux AD 83, … il y aura une suite.

Ayant constaté qu’une bonne partie de mes lecteurs sont penchés sur leur mobile, ou sur tablette, je me suis inquiétée du poids des images, de la vitesse de chargement et surtout de la longueur des billets. Tout récemment, j’ai testé la publication d’une enquête à propos d'un document mystérieux sous forme d’une série d’articles courts et cela a été un succès immédiat. Le premier billet a dépassé toutes mes espérances, il a été vu 2000 fois selon Blogger (ou plus vraisemblablement 650 fois selon Google Analytics). 
Et vous chers généablogueurs, pratiquez-vous la forme feuilleton pour vos articles ou aimez-vous les histoires que l’on lit d’un bout à l’autre ?

L’an dernier mon blog fêtait son premier anniversaire

2017-01-21

La fête de saint Marcel à Barjols

Il ne faut pas manquer ce Rendez-vous Ancestral le 21 janvier (le #RDVAncestral proposé par Guillaume). 
J’ai voulu retrouver Magdelaine qui séjournait chez sa fille à Barjols en janvier 1801.
Cécile, c'est la petite fille de Joseph, l’aubergiste mentionné dans le document mystérieux qui m’occupe depuis plusieurs épisodes.

La fête de saint Marcel à Barjols

Nous avons dansé dans l’église de Barjols, le 17 janvier 1801. Je savais que plusieurs de mes ancêtres seraient présents pour la procession des tripettes sautillant et chantant :
San Marceou, San Marceou, leïs tripettos vendran leu…


A Barjols, depuis plus de cinq siècles, la fête de saint Marcel est l’occasion de grandes réjouissances. Notre famille est là depuis la nuit des temps, j’en suis sûre ; même si je n’ai pas encore pu remontrer les générations pleines d’épines.

Je n’ai pas su reconnaître Marcel Fave (sosa 84). J’aurais bien voulu parler avec sa belle-mère Anne Simon (sosa 171), elle aurait pu me présenter leurs familles que je ne connais guère. Il y a tant de Marcel Fave à Barjols.



J’ai cherché Magdelaine Allier (sosa173).
Lorsque je l’ai trouvée, je suis allée m’asseoir sur un banc à côté d’elle.
" Tu parais bien lasse grand-mère, je m'inquiète, est-ce le voyage pour venir de Saint-Julien qui t’a tant fatiguée ? 
- Je ne sais pas ce qui m’arrive, je suis venue pour aider Cécile, son bébé doit naître d’un jour à l’autre. Je fais de mon mieux mais ses enfants me fatiguent, je suis venue prier Saint Marcel pour que sa délivrance se passe bien. Si c’est un garçon, elle l’appellera Marcel, me confie-t-elle.
- Veux- tu que je te raccompagne chez elle ? lui proposé-je.
- Oh oui, quittons la fête maintenant. Puis-je m’appuyer sur toi ? " demande-t-elle.
Magdelaine n’est pas très vieille, elle a soixante deux ans, je la croyais plus vaillante.
Nous arrivons dans la Grand-rue où se trouve la boulangerie de Joseph Burle. Le maître-boulanger enfourne les pains et les fougasses, il y a grand monde pour la fête à Barjols.
Cécile embarrassée par son gros ventre, avec un petit qui s’accroche à sa jupe, est occupée à servir des clients. Elle sourit à sa mère, sans demander qui je suis, car elle a d’autres soucis.
Elle dit que son petit garçon est au lit avec de la fièvre. Pourvu qu’il se rétablisse vite car ce n’est pas le moment d’avoir un malade à la maison, alors qu’un bébé doit arriver très bientôt.

Je comprends que ma présence chez elle est saugrenue et je me retire après avoir serré Magdelaine dans mes bras avec émotion. A force d’écrire sur elle ces derniers temps, je me suis attachée à cette ancêtre et je serais triste lorsque je saurais qu’elle n’est plus.    
       
Dans les prochains jours surviendront une naissance, la mort d’un enfant et de sa grand-mère.


Pour lire tous les épisodes de la série Magdelaine A. 

2017-01-20

Une feuille cachée sous une poutre _7

Lumières et ombres sur le papier brûlé

A ce moment de l’enquête, il est temps de faire le point sur les hypothèses.

L’époque où a été écrit ce document se situe entre 1698 et 1736.
On se souvient qu’à partir de juin 1720 jusqu’en 1722, pour limiter la propagation de la peste depuis Marseille, la circulation était extrêmement réglementée. Chez nous, la porte de la Guardi était fermée, Saint-Julien entouré de ses remparts a été épargné. Les cavaliers n’auraient pas circulé aussi librement sur les routes jusqu’à Aix.


Cette feuille tient de manière très précise les comptes des dépenses « deschargement » et des reçus « chargement » 

Qui donne l’argent ?
Le scripteur (2 lt)
Le sieur trésorier (54 lt) (puis 14 lt 1s)
Le sieur André Berne (9 lt) de St-Paul, le sieur Giraudene (48 lt).
Le sieur Perrin, cette somme (12 lt)  lui est remboursée à la ligne suivante.

Ces deux derniers et celui qui écrit sont-ils les trois consuls ? 
« pour la depense de nous trois consuls »

En Provence, sous l’ancien régime, les consuls sont désignés pour un an par la communauté d’habitants. Ils ont un rôle de gestion du budget, d’entretien du bourg, ils s’occupent des affaires de police. Une de leurs fonctions est de répartir et de lever les impôts dus au roi : la taille et la capitation.
Les consuls semblent faire preuve de bienveillance pour jeunesse. Ils donnent de l’argent, ils se déplacent personnellement pour suivre l’affaire qui nous intéresse.
Des hommes en prison sont libérés, le retour de Joseph Féraud a coûté cher : 13lt.

 Qui sont les miliciens ?

Ces hommes doivent-ils participer à l’armée royale ou bien à la défense du bourg ?
Il n’y aurait sûrement pas autant d’embarras avec la milice villageoise constituée de jeunes gens des familles du pays.
Pour la milice royale, il ne doit pas y avoir beaucoup de volontaires. Les consuls doivent organiser un tirage au sort, ils font une sélection par l’âge, la taille, la capacité physique, la situation de famille, en favorisant l’exemption de certains.
 « Les hommes miliciens vieux et nouveaux »  les anciens seraient ceux qui ont fait leur temps dans la milice alors que les nouveaux sont enrôlés récemment.
Le but de cette affaire semble bien être de ramener des hommes dans la milice royale.
« au sujet des 3 hommes de milice dont notre com[munau]té..est obligee de fournir » 

Il faut donc trouver des remplaçants, et pour cela offrir de l’argent au recruteur et aux remplaçants.
« plus à Jean François Ambrois pour nous avoir indiqué des jeunes hommes et vaqué deux jours 1 lt 4 sols »


Il reste des zones d’ombre dans cette feuille brûlée.

Pourquoi cacher cette feuille ? Il doit s’agir d’une caisse noire, mais quelle raison pourrait la justifier.  Ces comptes apparaissent honnêtes, on note la participation du comptable et du sieur trésorier dont on peut supposer qu’il s’agit de la même personne.
Il se pourrait que les comptes réels ne doivent pas être communiqués aux représentants du roi.
Le contexte historique mériterait d’être précisé. Que se passait-il en Provence ? Était-ce un temps de guerre ou de paix ? Qui était le roi ?

Il faudrait chercher l’emprisonnement de Joseph Féraud les fonds judiciaires de l’ancien Régime, aux Archives à Aix ? Sans date exacte la recherche risque d’être laborieuse, mais cela permettrait de connaître le nom des autres hommes emprisonnés avec lui et surtout le motif de l’arrestation.
Lorsque je feuilletterai les registres aux Archives du Var, je serai dorénavant attentive aux actes passés par les consuls du bourg qui pourraient m’apprendre leur nom. 

Auriez-vous des hypothèses à suggérer ?


Pour lire tous les épisodes de l'enquête, cliquez sur ces liens:

Présentation  : Une feuille cachée sous une poutre_1

Les patronymes  : Une feuille cachée sous une poutre _2

Les lieux : Une feuille cachée sous une poutre _3

Les comptes : Une feuille cachée sous une poutre _4

Les hommes : Une feuille cachée sous une poutre_5

Document et transcription : Une feuille cachée sous une poutre _6

Lumières et ombres  : Une feuille cachée sous une poutre_7