2016-05-11

"La carte des Mendelssohn"

"La carte des Mendelssohn" roman, Diane Meur, Ed. Sabine Wiespiser  2015 



Tous ceux qui se passionnent pour la généalogie pourraient être enthousiasmés par l’entreprise de Diane Meur qui a voulu raconter la famille Mendelssohn. L'incipit donne le ton du récit :
« Au commencement, il y avait un homme… Eh bien non. Au commencement, il n’y a jamais un homme, ni une femme d’ailleurs, ni même un homme et une femme, pas plus qu’il n’y eut un premier jour et une première nuit. Ce sont des multitudes d’ancêtres dont le nom s’est perdu, de plus en plus nombreux et incertains à mesure qu’on remonte […] dans ce domaine, il n’y a pas de commencement. »

Interpellée par la configuration familiale originale : un grand-père, Moses, philosophe vivant à Berlin, au siècle des Lumières, un petit-fils Felix Mendelssohn Bartholdy, musicien, compositeur de génie, l’auteure a décidé d’écrire l’épopée de cette famille. Comme l’annonce le titre, c’est le modèle de la carte qui s’est imposé et pas celui de l’arbre. Lors de la dédicace qui a suivi une rencontre, à la librairie Passage, j’ai échangé quelques mots avec Diane Meur. Elle se défend de faire un travail de généalogiste, elle n’a pas utilisé de logiciel pour se repérer, elle a dessiné une carte qui s’est déployée dans des proportions gigantesques.
On peut voir cette carte sur le site de l’éditeur Sabine Wespieser : http://www.swediteur.com/p/CarteMendelssohn/

« Ce qui me fascinait dans cette généalogie de Moses, c’était l’aspect de réseau, de rhizome, de maillage, et même ma façon de réfléchir en était contaminée. Au lieu de suivre linéairement un individu ou un thème, je le rattachais à tous les autres individus ou thèmes qu’il m’évoquait, je ne pensais que grille, trame, arborescence, entrelacement de nœud et de liens. » p.188
Au risque de perdre la tête devant un projet qui s’avère tentaculaire, elle raconte les descendants de Moses à travers le monde.

Il se trouve que j’ai dans mon logiciel de généalogie, l’ascendance de Félix Mendelssohn, car j’avais dressé l’arbre d’un ami. Je lui ai appris qu’il est descendant de Saül Wahl Katzenellenbogen qui est un ancêtre à la 8ème génération du célèbre Félix. On trouve des rabbins ayant voyagé, depuis l’an 1000 à travers l’Europe, de Prague à Venise, de Padoue à Brest-Litovsk, avec des légendes et des parcours incroyables.
La découverte de cette parenté m’avait paru époustouflante. Pour ma part, j’en ai été bien plus impressionnée que les intéressés.

La romancière fait aussi cette rencontre avec certains descendants.  « Ils n’y attachaient pas grande importance, mais cela m’intéressait : toutes les positions possibles par rapport à un ancêtre illustre (ou non) m’intéressaient depuis le culte béat jusqu’à l’indifférence totale.» p.188Merci Diane d’ouvrir le spectacle en considérant toutes les attitudes possibles.
Ce roman n’est pas un récit généalogique, c’est la recherche de Diane et c’est justement ce qui me plait
« J’ai compris que je n’écrirais pas le roman des Mendelssohn mais le roman vécu de ma recherche sur les Mendelssohn »  p.143
La narratrice se met en scène dans son récit, elle nous fait part de l’avancée de son exploration mêlant ses propres sentiments à ceux des personnages, interpellant le lecteur avec humour pour justifier ses digressions.
C’est un vrai travail d’écrivain, Diane a réalisé un chef d’œuvre d’artisan de la généalogie. 

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