2016-06-30

Z _ Les_Z_habitants


Saint-Julien le Montagnier est un village du Var, perché sur un piton rocheux à 570 mètres d’altitude.
Serrées les unes contres les autres, s’épaulant, s’interpénétrant souvent, les maisons étaient à l’abri lorsque les remparts entouraient le bourg à l’époque féodale. Peu de place au sol, les rues sont étroites, les plus anciennes maisons élèvent leurs étages suivant ce modèle :
La cave, la citerne d’eau, la cuve à vin, l’écurie pour le mulet se trouvent sous les voûtes du rez-de-chaussée dans la rue basse. L’espace d’habitation au premier et deuxième étage s’ouvre sur la rue haute. Au-dessus, le grenier pour garder le foin, les réserves et pourquoi pas l’élevage des vers à soie. 

Comme on le constate sur cette carte postale datant du milieu du XXème siècle, une grande partie des maisons était en ruines.



Après les deux guerres du siècle passé, le déclin démographique, économique a conduit à l’exode. Les habitants se sont installés pour vivre et travailler à Marseille ou ailleurs. L’eau est arrivée en 1960…
J’ai écouté des anciens me raconter la vie du village au temps de ma grand-mère et de mon père. J’ai noté leurs souvenirs précieux. Comment transcrire ces entretiens parfois complémentaires, parfois contradictoires, souvent révélateurs de secrets enfouis ?
Plusieurs thèmes se dessinent : les métiers, les usages, les récits de vie, la guerre, etc. Un récit chronologique ne serait pas pertinent. Mon fil conducteur ce sont les maisons avec leurs habitants. Le recensement figure sur le site des AD 83 jusqu’en 1911, mais le bourg a changé, de plus la numérotation me pose problème pour situer certaines habitations.
On pourrait dessiner un plan inspiré du cadastre pour situer les propriétaires des maisons, noter leurs successions au fils des époques. Différents problèmes apparaissent alors :
Comment numéroter les maisons, comment faire apparaître les constructions et rénovations des ruines, les partages, les agrandissements. De quelle façon inscrire les familles ?

Et raconter les histoires sans trahir mes informateurs et les habitants du bourg. 

Voilà des projets qui pourraient m’occuper cet été puisque aujourd’hui le ChallengeAZ 2016 se termine avec ce billet inspiré par la lettre Z.

Bibliographie
Alain Collomp, La maison du père, PUF1983

2016-06-29

Y _ fichu Y

Fichu Y ! 
Que vais-je pouvoir écrire ?    
pointe de mousseline blanche en coton

Et tout ce tiroir rempli de fichus, démodés, vieillots, usés, inutilisables, que nous conservons depuis des lustres et que je déplie et replie. 
Pour essayer d’identifier ces vieux tissus qui pourraient me parler d’autrefois, j’ouvre ce livre acquis depuis peu « Le costume populaire provençal » 


Fichu : un carré que les femmes plient en deux, placent sur leurs épaules une grande pointe au milieu du dos, deux pointes croisées sur la poitrine. C'est un grand morceau de coton en été, de laine en hiver, en soie les jours de fête.

Sous ce foulard, elles mettent une pointe de mousseline blanche pliée de la même façon. Ceci explique pourquoi ces petits carrés blancs sont plus légers, plus usés et précieux malgré tout
Cette mousseline de coton, que l’on peut voir sur la photo ci-dessus, est toute simple, finement ourlée par l’une de mes ancêtres; je me demande bien laquelle.  
Le dimanche, les  coquettes pouvaient sortir un autre fichu de ce tiroir, une mousseline décorée de broderies fines. En hiver, mes petites grands-mères réchauffaient leur gorge avec une mousseline de laine. A l'ocasion des noces, les élégantes arboraient leur plus beau fichu en dentelle.

Voici un grand foulard de coton imprimé, la pointe portée dans le dos mettait en valeur la guirlande de feuilles et de cerises. Il était maintenu par des épingles. On disait « tiré à quatre épingles » ou « qui s’y frotte s’y pique »
Tiens … je devrais chercher ces jolies épingles avec une boule en tête dans les vieilles boîtes à trésors qui me semblaient bien désuets. Hum, je commence à trouver des indices dans les vieilleries que j’ai négligées.  



Ce billet vous paraîtra un peu tiré par les épingles, je l’avoue, mais Y m’a inspiré quelque coquetterie.


Bibliographie :
  • Rode de Basso Provenço, Le costume populaire provençal » Ed. Edisud, 1990.
  • Les carnets du patrimoine n°5 : le costume provençal, CG du Var,

Sur le site www.var.fr on peut télécharger les publications éditées par le Conseil Départemental du Var :

2016-06-27

X _ XV générations d'ancêtres


Mes enfants sont la XV _ quinzième génération dans le village de Saint-Julien où se trouve notre maison. Ce n'est pas rien n'est-ce pas ! Alors que certains voisins nous considèrent comme des gens du nord, comme des Lyonnais parlant pointu, nous pouvons revendiquer nos racines depuis le XVIème siècle et bien au-delà.
Depuis que mon père a épousé une ardéchoise, (comme sa grand-mère maternelle), sa famille s'est déplacée vers le nord. Mais nous revenons dès que possible dans notre maison familiale.

J'ai voulu en retrouver l'histoire. Ma grand-mère, lorsqu'elle était petite fille, demandait à sa grand-mère Éléonore de lui donner cette maison. c'est ce qui s'est passé, Rose était sa petite-fille unique. À la génération suivante, la maison a, une fois de plus, pris le nom de l'époux de la maitresse des lieux. 
Depuis "Claire" Marie Audibert, née en 1801, la transmission passe par les filles. Diverses circonstances expliquent cela : des tantes sans enfant, des fils morts en bas âge, des frères qui se sont installés dans leur propre maison ou dans une ville plus grande, une prise de distance avec le père...


La roue ci-dessus montre dix générations des ascendants de Claire Audibert (sosa 43) épouse de Marcel Fave. J’ai choisi de mettre au centre l’arrière-grand-mère de ma grand-mère puisque la plupart de ses ancêtres sont natifs de Saint-Julien.
Les cases vides marquent des personnes qui probablement sont nées dans autre bourg voire dans un département limitrophe, ces ancêtres ou leurs enfants sont venus se marier à St-Julien. J’ai pu remontrer certaines lignées, mais il est plus facile pour moi de trouver les actes de mon village, plus à l'aise avec les patronymes, les registres, les écritures ...
Bien sur le chantier des fouilles continue, jusqu’au point où les archives départementales atteignent les limites de publication des registres. 

Au-delà de ces XV générations d'ancêtres que j’ai pu recenser, on peut avoir des pensées reconnaissantes pour tous les aïeux natifs de notre village, ils ont participé à sa construction, à sa vie et à son histoire que j’essaye de retracer ici.












W _ les Moulins tournent


Les Moulins ont tourné et les Meuniers dorment depuis longtemps…





Marcel Fave (sosa 42) est boulanger à Barjols en 1820. Au printemps de cette année là, il est venu se marier avec Claire Marie Audibert, la fille de l’aubergiste. A Saint-Julien, il exerce le métier de boulanger de 1820 jusqu'avant l'année 1840, date de la naissance de son dernier enfant, Marie Joséphine Alexandrine. 
En 1869 Marcel Fave est meunier à farine lorsque son fils Joseph se marie. Joseph est lui aussi meunier en 1866 et en 1872 selon les renseignements trouvés dans les registres BMS des AD 83.
Mais les moulins ne devaient pas bien tourner car Marcel apparaît aussi Receveur buraliste en 1840 à la naissance de Marie Joséphine, et lors des recensements de 1846, 1851, 1859, 1872.

la meule du moulin de Malavalasse
Marcel a vendu le moulin de Malavalasse, le 30 avril 1873, « un moulin à farine fonctionnant par les eaux ». Il en a été propriétaire pendant exactement trente années jour pour jour.
Il l’avait acquis de la commune, le 30 avril 1843. C’était une vente par adjudication dont le détail mériterait d’être éclairci.
Cette histoire est racontée dans plusieurs publications de pseudo historiens du village qui ne citent pas leurs sources et tiennent des propos bien confus.
Ayant depuis peu les références de l’acte, je me promets d’aller les vérifier aux AD du Var, dès que je pourrais.


A Saint-Julien, sur l’aire de Gourdane se trouvent deux moulins à vent. Leur construction date de 1654. Elle a été l’objet de longs débats retracés dans les délibérations communales qu’il faudrait lire attentivement. 
L’abbé Saglietto[1] écrit : « Mais bientôt il fallut déchanter devant l’arrêt des ailes quand le vent s’obstinait à ne pas vouloir souffler ou bien lorsque déchaîné en tempête, il menaçait de tout emporter. »
Saint-Julien étant un village perché, se trouve exposé à tous les vents.

Meunier tu dors, ton moulin va trop vite
Meunier tu dors, ton moulin va trop fort



[1] Abbé V.Saglietto, St-Julien-le-Montagnier dans le Haut-Var, Toulon : Impr. Du Sud-Est,1943, p.87

2016-06-25

V_ Valensole

A Valensole, les porteurs du patronyme Angelvin sont tellement nombreux qu’ils disent ne pas être cousins. Ils savent tous que leur nom de famille atteste d’une origine angevine. Le roi René d’Anjou les aurait incités à quitter l’Anjou pour s’installer en Provence, à la fin du Moyen Age.
Je ne remonte pas encore si loin.

http://www.valensole.fr/sections.php?op=viewarticle&artid=101

En 1828, Etienne Angelvin (sosa 40) qui était fournier, habitait rue du Four de la Commodité. L’année précédente, il avait épousé Anne Fouque, fille et petite fille de boulanger.
Il est décédé le 23 octobre 1837 ; leur petite Clémence âgée de 18 mois, mourut trois jours plus tard, « dans la maison de son père rue de dessous clastre ».

Rue Dessous Clastre à Valensole

« Anne » Catherine Fouque avait 29 ans, elle a élevé leurs deux fils Louis et Pierre.
En décembre 1851, Pierre faisait partie des insurgés avec les hommes de Valensole, vous pourrez lire son aventure lors de l’insurrection qui fut une période terrible.
« Pierre » Théodore est ensuite venu se marier en avril 1855, à Saint-Julien avec Éléonore Fave, la grand-mère de ma grand-mère.
Pierre Angelvin était boulanger, issu d’une famille qui a fait cuire du pain depuis plusieurs générations. Il n’est pas étonnant qu’il ait épousé la fille d’un boulanger et que son fils Albert soit … boulanger… je vois que vous suivez !
Donc son fils, Albert Angelvin, mon grand-père avait une boulangerie à Marseille et il fréquentait les descendants de son oncle Louis qui n’étaient pas boulangers mais ébénistes.

Lors de ma dernière visite aux AM de Marseille, j'ai pu constater avec étonnement que malgré la distance ils ont su conserver des relations familiales.



Pour nous aujourd'hui le plateau de Valensole est un enchantement au mois de juillet, cette période pendant laquelle la lavande est en fleurs.
La culture du lavandin fut prospère au siècle dernier à l'époque où les parfumeurs de Grasse l’achetaient, mais les distilleries ont quasiment disparu, je ne crois pas que ma famille ait été touchée par ces couleurs typiques de la Provence. Leur parcours de boulangers ou de ménagers risque de m’apporter d’autres découvertes et je vais continuer à explorer cette forêt.

2016-06-24

U _ Ustensiles Usés

Et s’ils nous racontaient l’histoire de leurs utilisateurs, ces vieux ustensiles remisés au fond des placards ou même sous la poussière de la cave. Quelques uns ont eu le privilège d’être choisis par mon père, nettoyés, réparés et mis  à la place d’honneur sur des étagères.

Ces objets ont servi aux usages de la vie quotidienne de nos ancêtres. Depuis que je cherche leurs traces, chaque objet me pose des questions. Il faut deviner à qui il appartenait, à quelle époque il était en service, et quelle était sa fonction...


Ces fers à repasser ont pu être utilisés par 
Joséphine Audibert, Éléonore Fave, Thérèse Davin qui étaient couturières.

ces très vieilles cuillères   
ces fourchettes rouillées
auraient pu être jetées 

Le pichet en étain
n’est pas si rare,
une autre personne du village
en possède un semblable,
probablement du même artisan.
Transmettre des objets, c’est sympa ; mais si ces ustensiles n’ont pas d’histoire, ils n’ont aucune valeur. Alors j’ai commencé à les inventorier, en cherchant une méthode pour que cela soit pratique. J’ai abandonné la fiche papier qui demande trop de précision, car les renseignements évoluent lorsque les recherches se spécialisent.
Après avoir pensé aux tableurs, aux bases de données… ce qui me convient aujourd’hui c’est le logiciel de présentation PowerPoint (Open Office remplit la même fonction). 
Chaque planche concerne un objet que j’ai photographié soigneusement.
J’ajoute le titre et le texte où je fais la description : matériau, dimension, époque… ce qui me propulse sur internet afin de me documenter. Les sites de vente proposent souvent des objets similaires dont la description est intéressante, les sites d’antiquaires ou de collectionneurs m’ont appris beaucoup, ce qui change mon regard et donne des pistes de recherche. 
Dans les commentaires, j’ajoute ce que je sais de l’histoire familiale de cet objet, tant mieux si j’ai entendu des anecdotes ou si je suis capable de le situer dans la maison


Les bougeoirs
Dans mes souvenirs d’enfance, le couloir était sombre et un peu inquiétant. Les enfants tenant un bougeoir à la main  ne devaient pas s’attarder à l'étage.
Avant que Marius n'épouse Rose, qu'il rentre de la guerre (1GM) et qu'il installe l’électricité dans la maison, on allumait les lampes à huile.

Sauriez-vous me dire quelle était la fonction de cet objet ?


2016-06-23

T_ Trousseaux et contrats de mariage

Je pensais bien qu'écrire un article sur les trousseaux serait l’occasion de me pencher sur la transcription des contrats de mariage que j’ai photographiés. Ces contrats sont tous établis sur le même modèle, les notaires emploient des formules habituelles.
Sous l’ancien Régime, la dot des filles, c’est une somme d’argent remise au futur époux et un trousseau constitué de hardes, linges, etc. Ce trousseau appartient en propre à le jeune femme. Il est évalué par les amis, témoins du mariage, et sa valeur est déduite de la dot.

1693_ Mathieu Pellas et Thérèse Vassal
En 1693, au mariage de Mathieu Pellas (sosa 702) , les parents de Thérèse Vassal donnent "Pour elle audit Pellas, son son futeur espoux acceptant, la somme de trois cens livres Comprins ses hardes" 
« soixante dix huit livres au prix des hardes de ladite future espouse suivant l’extimation qu’il en a esté faite par deux de leurs amis comungs »
On souhaiterait plus de détails !

1851_ Polyeucte Payan et Joséphine Fave


Au XIXème siècle, chez un notaire de Barjols (AD 83 série 3E/56) j’ai lu le contrat passé en 1851, entre Polyeucte P. et Joséphine, une fille de Marcel Fave.
« Cette dot consiste : En un trousseau de hardes et de linge-de corps destiné à l’usage de la future épouse, de valeur de 500 francs, d’après l’estimation qu’en ont fait faire les deux familles sans qu’il en résulte vente au  futur époux, lequel reconnaît que ce trousseau lui a été remis peu avant ces présentes et qu’il le tient par conséquent en sa possession. Les contractants ont dispensé le notaire de faire l’énumération des articles dont se compose ledit trousseau. »

C’est bien regrettable qu’il n’y ait pas de liste exhaustive du contenu du trousseau dans ces contrats provençaux. 



Le trousseau comprend du linge personnel et du linge de maison. Depuis son plus jeune âge, la jeune fille et sa mère travaillent à confectionner : coudre, broder, selon l’époque filer et tisser. 

L comme Éléonore, je suppose 


La plupart du temps, le ménage n’use pas tous les draps, les nappes et serviettes de table, les serviettes de toilette, les torchons de cuisine, les mouchoirs …
Le linge se transmet aux générations suivantes. Les broderies des initiales permettent de tracer les généalogies du contenu des armoires.
Pour ne pas perdre la mémoire de ces monogrammes, je mets des étiquettes dans les armoires, je prends des photos et les range dans mes archives pour les relier aux arbres généalogiques.

Et vous comment gérez-vous les armoires de famille ?


Bibliographie :
Les régimes matrimoniaux en Provence à la fin de l'ancien régime : contribution à l'étude du droit et de la pratique notariale en pays de droit écrit.
Jean-Philippe Agresti, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2009. 


2016-06-22

S_ Sonnailles

Savez-vous quel est cet objet ? 

Nous les avons remontés de l’écurie, nous les avons frottés et maintenant ils brillent ces grelots.
Sont-ils en bronze, en laiton ou en alliage ? Ce sont des grelots romains avec une fente simple. A l’origine, ils étaient peut-être montés sur un collier en cuir.
Ce sont des grelots de moutons, affirme notre ami Guy. 

Le berger qui était mon ancêtre, Marcel Audibert, vivait au début du XVIIème siècle.  A votre avis de quand datent ces grelots ?



Il se pourrait encore que ces grelots aient été montés sur une grelottière de mulet. Il y a effectivement de muletiers parmi les fils d’aubergistes puisque ces professions sont liées. L'écurie conserve encore plusieurs fers de mule.

Revenons à nos moutons, je vais vous montrer un acte trouvé dans un registre de notaire. (AD83) Il s’agit d’un bail de passage en pulvérage.


Le droit de pulvérage est une taxe sur les troupeaux qui, en marchant par les chemins, soulevaient beaucoup de poussière, d’où le nom. La carraire de transhumance d'Arles traverse la commune. Après le passage des moutons, il fallait assurer le balayage et le nettoyage des crottins secs laissés par les animaux.
Depuis 1692, la communauté de ce bourg possède le droit de leyde et pulvérage, rapportant annuellement 23 livres. Le droit de leyde est une taxe sur les marchandises, denrées et bestiaux vendus en foire et marchés. La leyde n’était due que par les forains, ce mot désigne les étrangers au village.

Ce contrat, passé en 1741, concède un bail durant trois années à l'homme chargé de recueillir la taxe de pulvérage » « qu’il est de coutume être exigé en cedit lieu et en son terroir » 
Il est signé par plusieurs de mes ancêtres au nom de la communauté de Saint-Julien :

Joseph Philibert, marchand et consul de ce lieu.

2016-06-21

R_Rose


Mamie Rose est ma grand-mère, j’aimerais lui dédier ce ChallengeAZ. Nous aurions tellement eu du plaisir à découvrir ensemble l’histoire de sa famille paternelle.
J’avais quinze ans lorsque je l’ai accompagnée pour la dernière fois au cimetière du village, elle repose dans ce pays qu’elle aimait tant.
Je m’emploie à retrouver l’histoire de sa demeure qui est la mienne à présent. Mon travail est foisonnant  :
Préserver les traces de son époque tout en apportant la modernité de notre siècle.
Prendre soin de ses objets, elle cassait tant de vaisselle maladroitement lorsque sa vue aurait nécessité des lunettes qu’elle se refusait à porter par coquetterie.
Entretenir ses jardins, remonter les murs des restanques, soigner ses oliviers, faire prospérer ses arbres généalogiques et ceux de son mari, qui les auraient bien étonnés tous.
Garder les mots, les recettes, tout ce qui fait grandir, et les transmettre aux jeunes pousses.
Ma grand-mère avait confiance en sa petite-fille, elle me racontait des histoires, elle m’offrait des livres, elle me poussait à m’intéresser au monde. Je lui dois tant ; il est juste d'honorer sa mémoire.
Je me languis de toi, Mamie Rose.


2016-06-20

Q _ Qui est mon plus ancien ancêtre



Qui est le plus vieux de nos ancêtres, rencontrés au village ?


Magdaleyne Boyere est née en 1588 le 6 janvier du jour des roys. Elle est fille de Pierre Boyer.

C’est une des premières pages du plus ancien registre des baptêmes de Saint-Julien.

1588 Naissance de Magdaleyne Boyer


Il m’a semblé inespéré de découvrir que notre famille vivait là depuis le XVIème siècle.
Je n’imaginais pas pouvoir remonter plus loin dans le temps, jusqu’à ce que je puisse consulter les contrats de mariage dans les registres de notaire. Le plus ancien trouvé à ce jour est le mariage, contracté le 6 janvier 1583, entre Antoine Gaillardon et Jehanne Marie. Il cite le nom de leurs parents, tous de ce lieu de St Jullien.
1583 _ mariage Antoine Gaillardon et Marie Jehan(ne)

Antoine est cardeur à laine, fils de Joseph Gaillardon et d’Honnorade Gastaud(e).
Marie Jehanne est ainsi dénommée puisque on féminise le nom du père pour les filles en Provence.
Celui-ci s’appellait Jehan Jehan !
Sa mère Florense Maure était décédée en 1583.
Le fils de Jehan Jehan est appellé Jehan Baptiste Jehan. Il est présent au mariage de sa sœur.


Les fils d’Anthoine et Marie se prénomment naturellement Jehan Gaillardon, né en 1586 (sosa 1380) et Anthoine Gaillardon. 

2016-06-19

P_Pénitents Blancs en Provence


Les Pénitents sont des laïcs réunis en confrérie typique de la sociabilité méridionale[1]. Ils s’occupent des problèmes locaux, d’œuvres de charité, ils portent assistance aux malades et aux mourants.
La plus importante de leurs fonctions publiques est d’organiser les funérailles. Ils avaient l'obligation d'être présents à l'enterrement des "frères". En écrivant cela, je prends conscience de ce qu’étaient les enterrements de mes ancêtres à Saint-Julien. Le cortège partait de la maison du défunt et se rendait à l’église ; si le défunt était une personnalité importante la procession faisait « le grand tour de ville »[2]. Je peux tout à fait imaginer cela : les pénitents revêtus d’une robe qui était plutôt un sac, la tête coiffée d’une cagoule dans un drap blanc.
D’autres processions étaient organisées pour maintes occasions.
A Saint-Julien les réunions de la confrérie des Pénitents blancs se tenaient deux fois par semaine[3].
Le catalogue ci-dessus donne le nom de tous les hommes du village et dans les hameaux. La liste commence par les bourgeois jusqu’aux travailleurs, les origines sociales sont multiples. Est pénitent celui qui le veut.
Mes ancêtres siégeaient dans ces assemblées :
François Aymar, marchand (sosa 350)
Pierre Philibert, lieutenant de juge (cad qu’il tenait lieu de juge) (sosa 174)
Ses fils : André-François, Jean Joseph, François, Joseph Philibert
François Audibert, son gendre (sosa 86)
… ainsi que leurs nombreux cousins que je peux situer dans l’arbre généalogique qui devient en partie celui du village.

ND du Beausset ex-voto 1722
http://exvoto.mmsh.univ-aix.fr/

Il semble que les confréries se soient éteintes avec la fin de l’Ancien Régime.
La dernière réunion des Pénitents date du 20 Messidor An II (8/7/1794) à St-Julien. « Quelques membres sont venus, ils ne se sont point trouvés en nombre suffisant pour délibérer, ils n’ont pas ouvert la séance dans les formes, et se sont retirés après avoir lu les papiers publics (et_ (je)[M.Agulhon[4]] suppose _ bavardé un peu entre eux). »

 
Les frères se réunissaient dans cette chapelle des Pénitents de St-Jean[5].
Nous pouvons en trouver des traces de la construction dans les Inventaires des archives communales antérieures à 1790 dits inventaires «Mireur» AD 83, 2MI216R1
Dès 1645, le projet de faire construire la chapelle des Pénitents blancs là où ils trouveront à propos. La délibération dont on peut lire le résumé dans ce registre, prendra plusieurs années.




[1] Maurice Agulhon, Pénitents et Francs-Maçons de l’ancienne Provence, Fayard, 1968, 3e éd 1984.
 « Essai sur la sociabilité méridionale » la thèse de cet historien qui a lancé le premier, le concept de sociabilité ; ce mot a tellement plu qu’on le retrouve partout dans les travaux des historiens et des sociologues.
[2] Agulhon, op cit. p.107
[3] Agulhon, op cit. p.293
[4] Agulhon, op cit. p.303
[5] Abbé V.Saglietto, St-Julien-le-Montagnier dans le Haut-Var, Toulon : Impr. Du Sud-Est,1943, p.70

2016-06-17

O_ Olives


Olives
ô.lives
...
Lives,
Vitas, vidas, bios
Lives, vies, lignes de vos vies
Que reste t-il de vos vies, de vos vies vécues si vite envolées ?

Des lignes de vie

Oliviers noueux endormis par le gel 
vous reprennez vie

Mémoire des arbres
au tronc invincible

Paix et sagesse, éternité peut-être ?

Oliviers centenaires gardiens des légendes que chantent les cigales

Des oliveraies à défricher, élaguer, 
Choisir trois oliviers pour que le vent tourne à l’intérieur



Regarder les olives qui mûrissent au soleil 
puis les cueillir dans le froid de l'hiver



Et l'huile d’olive est si verte, si amère qu’il faut la couper
Vies amères, vies des mères de mes grand-mères
Huile pour oindre les peaux olivâtres des gens du sud

Vieilles olives ridées, confites dans le sel
Vous nous rendez la  lumière du soleil
qui brille dans l’huile des lampes anciennes



2016-06-16

N _ Noces doubles et redoublées

F.D
- Allez Thérèse, tu m’avais promis de raconter vos noces, je t’écoute :
- Un beau mariage, pour sûr ! Ce jour du lundi 8 février 1869; nous avons évité le 9 car "lou noù porto lou doù", le neuf porte le deuil. Et le deuil on veut l’oublier avec ces noces.
- Dans ta grande maison, toute la famille est réunie, l’oustalarié es pleno

Comme aux beaux jours de l’auberge, on va recevoir beaucoup de monde, mes cousins viennent de Rians, le beau-frère de Joseph, Polyeucte Payan est tanneur à Barjols, Henri Napoléon Paret et sa femme viennent de Peyrolles. Les oncles, les tantes, les cousins, tous mettent la main à la pâte.
Les femmes préparent des tapenades, des anchoïades, et des petits farcis, elles font mijoter des daubes de lapins, elles garnissent les tians de légumes, elles ajoutent truffes, farigoule, pebre d’aï …
Pierre Angelvin, le beau-frère boulanger, nous offre son meilleur pain, des fougasses, des pompes à huile.
Le cousin de la Roquebrussanne, Etienne Héraud (celui qui travaille à Brignoles) est confiseur. Joseph lui a demandé d’être son témoin, il va mettre son honneur à nous apporter les desserts qui sont sa spécialité : nougatine, amandes et caramel, fruits confits, raisins secs, calissons, craquants aux amandes.


- D’habitude les filles se marient dans l’église de leur pays. Pourquoi la noce n’est elle pas célébrée à Aureille ?
- Je vais t’expliquer, ma petite. Nous fêtons un double mariage car mon oncle paternel, Laurent Davin, épouse ce jour-là Claire Fave, la petite sœur de Désirée.
- Qui est Désirée ?
- La première femme de mon oncle Laurent était "Désirée" Louise Claire Fave. C’est la sœur de Joseph, mon futur, époux, celle qui est née deux ans après lui. Elle est morte à 27 ans, l’accouchement s’est mal passé, la mère et l’enfant sont morts. Dix ans après ce premier mariage, Laurent se marie de nouveau à l’église de Saint-Julien, avec la jeune sœur de Désirée, Claire « Louise » qui a enfin accepté de l’épouser. 

- Et Joseph, ton futur époux, dis moi qui est Joseph Fave ?
- Joseph, il a 39 ans, je trouvais qu’il était bien vieux pour moi qui en ai 25, mais je me suis habituée à cette idée. D’ailleurs cela aurait été difficile de refuser, nos familles ont tout arrangé. Hier, nous avons signé nos contrats de mariage par devant Maître Jauffret, notaire à St Julien. Comment cela, tu ne les as pas encore trouvés aux archives de Draguignan ? Pense à les photographier la prochaine fois.
- Comment se déroule la cérémonie ?
- Nous signons le registre civil à 10 h du matin. 


- Mon père n’est pas là pour me conduire à l’église, il est mort deux ans trop tôt. Mais Marie Colline Jussian, ma maman vient d’Aureille pour donner son consentement.
 Dorénavant cette belle église de Saint-Julien le Montagnier sera la mienne.


2016-06-15

M _ Maître-Maçons

La famille Philibert a donné plusieurs maître-maçons qui ont travaillé à la construction des bâtiments de notre village. J’aime à penser à eux en admirant notre église et je suppose que beaucoup de maisons anciennes sont leur œuvre.
La famille Philibert apparaît très nombreuse (88 personnes portent ce nom dans mon arbre)Elle est encore bien présente dans le bourg. Il a été difficile de reconstituer leur arbre car beaucoup d’homonymes, de frères, de cousins portent le même prénom.
Longtemps je n’ai su comment compléter leur ascendance lorsqu’ils épousaient des filles hors de la commune.

Voici les descendants du couple Jean Philibert et Suzanne Utre, mes ancêtres à la XIème génération
Deux générations de maître-maçons ont laissé des traces :
François Philibert,1659 -1710
Julien, frère de François né en 1662
Joseph Philibert,1695-1768, fils de François
Remarquons que Joseph comme son oncle Julien se sont mariés trois fois. L’espace géographique des mariages s’étend, leurs premières épouses étant natives dudit lieu, les suivantes de bourgs plus éloignés. Joseph a épousé Thérèse Gastaud (sosa 349), puis Magdalaine Gastaud,(qui n’ont pas de lien de parenté) et Marianne Audibert âgée de 18 ans, lui avait 52 ans. Il a deux fils prénommés Pierre.

Quand je vous dis que la généalogie Philibert est compliquée !


Descendants de Jean Philibert et Suzanne Utre aux XVIIe et XVIIIe siècles






















En 1707
"François Philibert, maçon, offre d'entretenir, pendant sa vie, la toiture de l'église, du presbytère, la sacristie, les tours et les murailles du cimetière et le clocher, moyennant 6 livres par an."



En 1731-1732, Joseph Philibert, maçon, reconstruit du mur du cimetière.


Voilà quelques informations que j’ai été heureuse de trouver dans l’inventaire des archives communales transcrit par F. Mireur aux AD du Var. Ce registre contient 423 pages que je vais prendre le temps de lire.