2016-10-11

Magdelaine m’accueille dans son auberge


J’arrivais juste à cette heure entre chien et loup qui est celle que je préfère.
Je revenais d’une grande journée aux archives de Draguignan. Mes recherches avaient été fructueuses, j’avais pris une grande quantité de photos, je n’avais pas déchiffré tous les actes des registres des notaires, seulement les premières lignes lorsque j’avais pu repérer des patronymes de mes forêts d’ancêtres. Aussi, tout au long du trajet de retour ma tête bourdonnait de tant de projets d’histoires à écrire sur mon blog. J’étais impatiente de rentrer et d’explorer ma récolte de photos.
Ce matin, j’avais laissé mon chat pour seul habitant de notre grande maison, personne ne devait rentrer avant la fin de la semaine et j’appréciais d’avoir du temps à consacrer à ma généalogie. Je vivais à mon rythme depuis quelques jours et j’avoue que j’avais un peu perdu la notion du calendrier. Donc je pouvais espérer une soirée tranquille plongée dans le XVIIIème siècle de mes ancêtres.

L’auberge était éclairée, j'aurais dû en être étonnée. Je garai la voiture devant l’écurie. Je rentrai, chargée de mes sacs contenant téléphone, ordinateur et appareil photo et je poussai la lourde porte d’entrée.

Une jeune femme, de l’âge de mes filles, assise près de la cheminée, semblait tenir sur ses genoux un bébé emmailloté. Je la reconnus, c’était Magdelaine Allier avec qui j’ai vécu par la pensée ces derniers mois.
Lorsque je m’approchai c’est un chat qui bondit hors des genoux de Magdelaine.
Mon chat ! Pacha vint à ma rencontre. D’un miaulement, il me reprocha de m’être absentée depuis le matin. J’ai un chat doué de parole.

 -Bonsoir, comme tu as tardé. Entre vite le souper est prêt.
Mon aïeule m’attendait et je n’étais même pas surprise de l’étrangeté de la situation. Elle fut bienveillante. J’étais fatiguée, les yeux me piquaient de tant d’heures à lire les vieilles liasses ou peut-être d’une émotion qui remontait du fond des temps. Je venais de si loin, j’avais traversé 250 ans. Elle m’accueillit sans me poser de questions.
Cette soupe aux herbes du jardin qui mijotait dans le chaudron me rappelait celle de ma grand-mère.
Mon hôtesse dressa un couvert pour moi, elle avait sorti sa soupière, ses plus vieilles cuillères, des ustensiles usés que je connaissais mais que nous avions oubliés à la cave.

Nous dinâmes ensemble, mon chat, installé tout près d’elle, semblait l’avoir adoptée.

-Je n’aurais jamais pensé avoir une petite-fille telle que toi. Je vois que tu as beaucoup plus d’imagination que moi.
-Ah, Mère-grand, tu as fait preuve de nombreuses qualités.
-Ma petite, j’ai pu voir que tu racontes ma vie à ta façon. Parfois tu te laisses emporter par ton imagination.
-Chère Magdelaine, tu as laissé plusieurs traces conservées aux archives et je te connais bien.
-Je sais tout ce que tu dis sur moi. D’un côté cela me plait bien que tu t’intéresses autant à la généalogie de nos familles. Je te félicite pour toutes ces pages que tu écris. 
-Mais tu ne sais pas lire mère-grand. Comment as-tu vu mon blog ?
-C’est ton chat, avec ses pattes douces et adroites, il a joué avec la souris, il a allumé ta petite table.
-Ma tablette ! Mon chat aime se tenir à côté de moi lorsque j’écris. Il participe à sa façon.
-Il m’a lu tes histoires.
-Oui Pacha est un chat qui parle à qui sait l’entendre.
-Cela me touche que tu t’intéresses à ma vie. Tu as bien fait d’aller jusqu’à Grambois et de montrer combien notre maison s’est transformée.
Tu as assez bien raconté cette terrible année 1766, j’avais 25 ans et tant de soucis après la mort de Jean. Mais tu as pris la liberté d’affirmer que Marguerite était venue exprès pour m’aider. En fait ce n’était pas si compliqué pour ma sœur, elle habitait à Saint-Julien.
-Ah bon ! Elle vivait à Saint-Julien ?  Si j’avais découvert cela …
-Tu aurais pu être plus perspicace. J’ai regardé ton arbre généalogique, tu connaissais le nom de son mari, cela aurait pu t’expliquer bien des choses. Tu aurais compris que c’est par son entremise que Jean m’a demandée en mariage. Mon père était heureux de donner sa fille à un aubergiste, c’est encore ce qu’il a fait pour notre petite sœur Marie.
Observe de plus près ton arbre de notre famille sur cette page.
-Effectivement, j’ai noté un premier mariage avec un dénommé Jean Gallardon (ou Gaillardon)
-Tu peux le relier, tu connais sa famille ! Cherche son histoire tu dois avoir plein de documents.
-Je n’ai pas encore tout exploité tu sais.
-Ma petite, ce soir je suis venue chez toi pour te demander d’être au plus près de la réalité de notre famille. Tu dois rectifier toutes les approximations qu’avec le regard de ton époque tu te permets d’imaginer.

La conversation avec Magdelaine s’est poursuivie en buvant une tisane de thym jusqu’au moment où nous tombâmes de sommeil, l'une et l'autre.
Le chat dormait depuis longtemps sur ses genoux, il n’est jamais aussi câlin avec nous. Il se passait une relation étrange entre elle et lui.
Je le soupçonne d’avoir servi d’intercesseur pour cette rencontre fantastique ...


Le lendemain, mon premier geste fut d’ouvrir le dossier des photos numérisées la veille. Je trouvais la preuve du mariage de la sœur de Magdelaine et plusieurs pistes à explorer.

Allié quittance hoirs Gaillardon


J’aimerais vraiment revoir Magdelaine.

2016-10-09

Résillement d’un bail à mègerie

Magdelaine a passé un bail à mègerie, 
elle va s’en départir avant le terme traditionnel de la Saint Michel. 
Que se passe-t-il ?


Revenons encore dans les liasses de ce beau registre qui m’a réservé des belles découvertes sur les habitants de Saint-Julien..


Il y a 250 ans, Jean Audibert dicte son testament, il meurt laissant la charge de leurs enfants à Magdelaine. Cette jeune veuve fait appel au notaire qui plusieurs fois se déplace dans sa maison.


Le 16 septembre 1766, elle a passé un bail pour quatre ans qui devait se terminer à la St Michel.  Le 29 septembre est le jour de paiement des fermages après la récolte, c’est par conséquent la date traditionnelle d’expiration des baux ruraux.


Cependant c’est au mois de mai 1769 que ce contrat, est mis au neant par delle Magdne Alliés veuve de feu sieur Jean Audibert hote de ce lieu et Joseph Gillet menager de ce meme lieu
lesquels de leurs grés sous dûe mutuelle et réciproque stipulation aceptation
intervenant se ressouvenant parfaitement de l'acte de megerie
entr'eux passé par nous no[tai]re le 16 7bre 1766
ont déclaré et consenti comme ils consentent au resillement d'iceluy
l'ont mis et mettent au neant et tout comme s'ils n'avoit jamais été fait


Les formules sont savoureuses, je ne sais pas si vous prenez le temps de les lire, moi je me régale.


Pour quelle raison se départir de ce bail avant la Saint Michel ?
Ledit Gillet pour raison de la mal tenue des biens dependants de la megerie devra s’acquiter de la somme de dix sept livres huit sols pour tous les dommages et interets quelle auroit peut pretendre
Néanmoins, il se réserve de faire la récolte des grains des semis y pendants tant seulement qui seront partagés en gerbe ainsi qu'il est porté par le susd[it] acte de mégerie 
Que pensez-vous de cette expression ? L'image est pleine de bon sens  :
« des grains des semis y pendant »

D’autre part, il est question "d’un clods" qui est à la vente :
promet à icelle aceptante la somme de trente livres ledit jour St Michel prochain pour la vente du susdit clods
 L’explication se trouve dans le premier bail. Il s’agit d’une terre clause appellée le clod complanté de vigne et d’oliviers



Pour lire la transcription intégrale de l’acte :