2017-10-20

Fabien A. un collégien bien déterminé dans ses résolutions

Avant d’être un chercheur renommé, Fabien fut un collégien rebelle, à l’intelligence précoce. 


En mars 1890, je lui rends visite pour un rendez-vous ancestral (#RDVAncestral).
Dans la salle d’étude du collège de Mâcon, le jeune garçon de 13 ans est penché sur la lettre qu’il écrit à son père.
Il souhaite un échange de lettres tous les deux jours parce que, dit-il, je pourrai m’entretenir avec mon père sur l’histoire naturelle et surtout que je m’ennuie à mourir depuis quelques jours.
Fabien semble en colère et sa plume court sur le papier. Il pense à haute voix.
« Je vous demanderai aussi de bien vouloir m’expliquer ce que c’est que le vent »
« Je demande pourquoi à tout ce qu’on me dit, parce que si je ne sais pas pourquoi un chose se fait, je ne veux pas en entendre parler. »
Je n’ose l’interrompre, mais il lève les yeux et me dit que je peux bien lire ses lettres puisqu’elles seront censurées par le Père Noirot avant l’expédition.

Je vois que tu as été le premier en arithmétique. 
Sans attendre mes compliments Fabien enchaîne :
« J’ai été 1er en histoire et géographie ; dans la composition précédente j’avais été le 3ème. Mon aversion pour l’histoire devient plus grande de jours en jours. Bientôt je la haïrai tout à fait » …
« En fait d’histoire il n’y a que l’histoire naturelle qui puisse m’être utile »…
D’ailleurs j’ai commandé à ma marraine un dictionnaire d’histoire naturelle. « Si ma marraine ne veut pas payer mon dictionnaire entièrement je payerai ce qu’il faudra, mais j’en veux un à tout prix, l’histoire naturelle passe avant tout, vive l’histoire naturelle ! »

Nous savons que Fabien va se distinguer comme médecin radiothérapeute ; ainsi dès son plus jeune âge il avait vocation à soigner les malades. 

Relisons ensemble la lettre ci-dessus
« Je désire que vous me donniez un livre contenant toutes les maladies de l’homme, et énumérant les effets produits par ces maladies et comment elles se guérissent. Ou bien un livre disant comment on prépare un squelette et comment on le monte »

Le jeune garçon est déjà un chercheur qui fait des expériences sur les animaux pour comprendre « l’histoire naturelle » qui le passionne.
 «J’ai passé la grammaire française. Je l’ai bien sue. Jusqu’à présent je ne suis pas en retenue, c’est tout ce qui me faut. Mon but c’est pas de le passer pour être le premier, mais c’est pour ne pas être en retenue afin que je puisse prendre le squelette de plus de bêtes que je pourrais et d’apprendre le plus d’histoire naturelle que je pourrai. »

Fabien me demande si je connais le prix d’un scalpel. Il en aura besoin lorsqu’il rentra chez lui pendant les prochaines vacances de Pâques car il a plein de projets qu'il m’explique :


 « Chaque fois que j’ai un moment de libre, je cherche dans ma tête le moyen de trouver le moyen de prendre des bêtes et comment les monter. 
Aussi j’ai projeté pour les grandes vacances de chercher des bêtes crevés ou en vie tout la journée et de les dépecer tout la nuit. 
Et je veux qu’avant la fin des grandes vacances ma chambre du grenier soit rempli de rayons et que ces rayons soit remplis d’animaux réduits en squelettes. »

« Je vous écris pour vous demander combien un mulet ça coûte, l’idée m’est venu que si j’en achetais un ça me serait utile pour aller chercher des bêtes aux travers des bois et des montagnes. Et puis est-ce que copier une fois une liste de verbes irréguliers, ça peut vous les apprendre ? Je désire le savoir car j’ai ça à faire à cause que j’ai pas su le verbe saillir. Si ca ne peut pas m’y apprendre, je n’y ferai pas. Dites moi ce que vous pensez. »

La question semble s’adresser à moi, qui ne suis que l’épouse de son petit-fils, alors puisque je suis là auprès de lui, je me sens obligée de l’encourager à étudier avec patience dans cette pension si triste. Le docteur qu’il se prépare à devenir sera capable de maîtriser autant la grammaire que l’histoire, la géographie et tant d’autres connaissances qui feront de lui un savant respectable.

Ces lettres, adressées à son père en 1890, ont été conservées et c'est une belle surprise de pouvoir ainsi entendre la voix du jeune garçon attachant qui les a écrites.

Pour savoir ce qu'il va devenir, vous pouvez lire aussi :


2017-10-16

Fabien Arcelin, un radiologue pendant la Grande Guerre

Les rayons X

Le jeune étudiant se passionne pour les rayons X, la recherche est encore récente puisque les rayons X ont été découverts en 1895.
Fabien a soutenu sa thèse de médecine le 7 février 1906, à Lyon. Dans le laboratoire de l’Hôtel-Dieu, avec d’Etienne Destot, son directeur de thèse, il perfectionne les techniques de radiographie pour étudier les pathologies du cœur et son travail intéresse le milieu médical car les applications sont prometteuses.
En mai de cette même année, il est nommé chef du Laboratoire de Radiologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Lyon.

Les 5 pionniers de la radiologie à Lyon

Fabien est le plus jeune des cinq les pionniers de la radiologie : 
Etienne Destot, Victor Despeignes, Antoine Bouchacourt, Claudius Regaud. 
Ils sont actuellement mis à l’honneur dans l’exposition Rayons X aux Archives de Lyon.

Fabien Arcelin 1918

Entre 1914-1919 pendant la Grande Guerre

En 1914, Fabien a 41 ans.
En juin 1914, participant à un congrès d'urologie, il envoie des cartes postales à sa femme depuis Berlin.

Mais les événements vont se précipiter dans les semaines suivantes.

Le 19 juillet, naissance de son premier enfant Élisabeth.

Du 27 au 30 juillet, Fabien Arcelin fait partie des organisateurs du congrès de radiologie à l’occasion de l’exposition internationale de Lyon. Lire : https://lyonnais.hypotheses.org/2997

Le 2 août, déclaration de guerre, les médecins sont tous mobilisés, Fabien est affecté au service radiologie et au centre vaccinogène de l’Hôpital Desgenettes à Lyon qui se trouvait alors sur les quais de Rhône (à l’emplacement de l’actuel  Sofitel).
 .
Sa fiche matricule[1] est riche de renseignements sur ses responsabilités pendant cette période #1GM 

Le 28 décembre 1916 désigné pour équipage radiologique n°2 _1e division technique
Le 27 octobre 1917 promu médecin major 2e classe

Il est démobilisé le 26 octobre1919.


Le travail d'un radiologue #1GM


C'est un travail particulièrement difficile car les blessés affluent à Lyon qui est une ville hôpital réputée pour la qualité des soins.
Le docteur Arcelin contribue à perfectionner la radiologie et pratique la radiothérapie. Il améliore les instruments et le matériel, notamment la table radioscopique[1] «et surtout la rend moins dangereuse» comme on peut le lire dans cet article qui fait l'éloge avec humour.

Gazette médicale janvier 1916 source Gallica (note 1)
Le radiologue est un assistant essentiel pour le chirurgien, son fluoroscope aide à voir les zones à opérer, les balles et même les minuscules éclats d’obus à extraire.


Voici quelques cas, relatés dans La Gazette médicale de Lyon, (source Gallica)
parmi tous les blessés qu’il a contribués à sauver il y a ces hommes :
Soldat M , blessé le 30 décembre 1914. La radiographie pratiquée par M. Arcelin montre une balle de fusil dans la région ombilicale, bon rétablissement après l’opération.
Soldat blessé le 24 août 1914 déplacement de la balle dans la vessie qui a pu être localisée par la radiographie, le malade est opéré le 27/05/1915


Ses confrères sont élogieux mais le docteur Arcelin a déjà compris les risques liés à l’utilisation des rayons X [3] . Il sera le premier à lancer, dès 1911, un sondage auprès de ses confrères sur leur danger.

Sa vie de famille entre 1914-1919


Pour une présentation aux Archives de Lyon, il se trouve que j’étudie actuellement un fonds de correspondance de 1914-18 qui nous donne quelques nouvelles de la famille de Fabien à cette époque. Marie, l’épouse d’un cousin de sa femme, écrit que Thérèse a plus de chance que la plupart des épouses de militaires car son mari est resté pacifiquement à Lyon auprès d’elle. Bien sûr Marie n’est pas consciente du travail formidable du docteur Arcelin qui a sauvé tant de blessés.
Elle nous apprend qu’en 1918 Fabien travaille à l’hôpital de Valence où son mari est muté aussi.
D’ailleurs la famille de Fabien et Thérèse va s’agrandir, en 1915 -1916 et 1918 vont naître successivement Adrien, Suzanne puis Madeleine. Trois autres enfants arriveront les années suivantes. A eux sept ils constituent ce que leur père, trop occupé professionnellement pour les guider, appelle « ma meute ».

Fabien Arcelin est chevalier de la Légion d'honneur le 20/06/1920.



[1] AD71_1R_1896_4779_D

Pour lire l'article intégralement sur Gallica :
Le précédent billet montre la ligne de vie de notre grand-père

Dans le billet suivant , vous lirez ses lettres de collégien précoce

et vous ferez la connaissance de l'élue de son coeur

2017-10-09

Fabien A.


Puisque les Archives de Lyon[1] nous invitent à l'exposition Rayons X[2]
qui met à l'honneur les pionniers de la radiologie à Lyon,
il est temps de rendre hommage à Fabien Arcelin, l'arrière grand-père de nos enfants.


Pour aborder son histoire, le modèle qui s’impose c’est la ligne de vie.
Depuis que j’ai vu celles proposées par Élise[3], je me sers d’un tableau Excel pour mettre en ordre les dates, les événements, les sources. Ainsi commence à se dessiner son parcours.


J’ai cherché un logiciel pouvant inclure les photos dans une timeline.
J’ai testé TIMEGRAPHICS qui permet de créer une chronologie online.
Le résultat est intéressant même si je n'ai pas eu la possibilité de l'adapter comme je l'aurais voulu. On peut regretter que les photos soient minuscules, l’obligation de mettre des dates précises n'est pas ce qui conviendrait lorsqu’on ne connait qu’approximativement l’année du cliché. Je regrette de ne pouvoir intégrer un document de meilleure qualité sur ce blog. Mais le design est attrayant si on zoome sur la chronologie en ligne.

Voyez le résultat de la timeline,  il est provisoire car elle va s'étoffer d'événements et de photos.


 Fabien Arcelin a vécu entre 1876 et 1942

Ses descendants le confondent trop souvent avec son père Adrien, appelant ce dernier "Le Grand-Père". Ils connaissent peu de choses de sa vie car les exploits de ses filles effacent cet homme qui a pourtant réalisé de belles choses.

Moi même j'avoue ne pas savoir toujours attribuer son nom sur les photos où il faut veiller à le différencier de son père. Et voilà qu'au moment de les choisir pour ce billet j'ai des doutes sur la plupart des portraits.

Ce projet va nous permettre de rechercher des histoires de sa vie et de vous en faire le récit (si j’y arrive.)

D’autres billets sont en cours d'écriture:


Sa passion pour l’archéologie

Auriez-vous d'autres suggestions pour intégrer une timeline  avec des photos de meilleure qualité ?