2017-11-18

Promenade vers la Place Bellecour, en 1915

Tant d’heures passées à lire toutes les lettres de Marie, envoyée à André entre 1914-1918, m’ont permis d’entrer dans l’intimité de cette jeune femme de 26 ans et de mieux comprendre la vie quotidienne à Lyon en 1914-18.
Je fais la présentation de cette correspondance aux Archives de Lyon ce mois-ci, à l’occasion de la semaine de la généalogie.

Pour ce #RDVAncestral, je vais rendre visite à Marie, le 20 octobre 1915.


Je pousse la porte d’allée de l’immeuble* où elle habite rue Sainte-Hélène.
Oh justement, la voilà qui descend l’escalier avec ses deux enfants. Jean et la petite Anne qui a fait ses premiers pas il y a quelques semaines.


Elle me propose de l’accompagner dans sa sortie. « Il faut que les enfants prennent l’air »
Tous les jours entre 14h et 16h, lorsque le temps est clément, la jeune femme se montre Place Bellecour pour la promenade des enfants. Elle retrouve quelques connaissances, c’est l’occasion d’échanger des nouvelles de leurs hommes qui sont partis à la Grande Guerre.

Marie m'amène voir les canons pris aux Allemands qui sont exposés comme des trophées de guerre.


Du haut de ses 3 ans, Jean est fier de raconter que son papa s’occupe des blessés dans son ambulance. Nous croisons ceux qui séjournent à Lyon, des poilus en uniforme les bras en écharpe, d'autres marchant avec des béquilles, des mutilés, des gueules cassées. Les Lyonnais sont habitués à les voir, ils sont arrivés si nombreux dans les hôpitaux.

Mais puisque le « gros petit Jean » est impatient de jouer dans le sable avec son seau et sa pelle, nous nous installons sur un banc auprès de Tanmy, la tante d’André qui se fait une joie de rejoindre sa nièce et les enfants. 

Je reconnais la jeune femme qui vient saluer Marie, c’est Thérèse, l’épouse de Fabien A. dont je vous parle dans mes articles que vous pouvez lire dans les pages précédentes. Thérèse est grosse de son deuxième enfant.


« Je ne sais plus que faire à manger à nos pauvres très petits, c’est une misère pour avoir une quantité suffisante d’un lait quelconque et les œufs qu’on paye 4 et 5 sous pièce sont très souvent de vraies saletés. » dit Marie. Elle se plaint surtout de la difficulté à s’approvisionner en lait. « Il n’y a plus ni automobiles, ni chevaux on ne trouve plus de laitière de campagne.» 
Je ne peux pas leur expliquer, à ces jeunes mamans dont la vie devient si difficile, que cent ans plus tard, on achète facilement le lait stérilisé, conditionné en briques qui se conservent très longtemps. A notre époque, nous avons oublié qu’autrefois le lait était livré tous les jours en ville et qu’il fallait le faire bouillir avec précaution pour le conserver un peu.

Thérèse qui a une bonne laitière, propose « d’en fournir la quantité nécessaire à Marie à condition d’envoyer tous les matins Joséphine avec une berthe chercher le lait chez elle.» 
Toute heureuse de cette opportunité, Marie remercie vivement la lointaine cousine de son mari.
Cependant dès qu’elle a tourné les talons, Marie me confie sans méchanceté :
« Thérèse Arcelin a une énormité de fille, élevée complètement au biberon, mais je ne l’échangerais pas contre la mienne au point de vue beauté !

Bien que je l’ai connue âgée, je peux témoigner que la petite Élisabeth deviendra une belle femme.
Il m’est impossible d’avouer à Marie que sa petite Anne sera emportée par la grippe espagnole avant d’avoir 12 ans.

Elle ajoute avec une pointe de jalousie: 
« Encore une qui ne s’aperçoit que bien peu de la guerre, son mari est pacifiquement à Lyon. »
Alors là, je dois expliquer qu’il travaille à réparer des blessés touchés par des éclats d’obus et qu’il sauve des vies dans son service de radiologie de l’hôpital militaire, ce docteur Arcelin, qui d’ailleurs intimide tant Marie Leclerc.

Le jeune femme est maintenant pressée de rentrer chez elle pour écrire sa lettre quotidienne à André.



2017-11-12

Fabien A. un mariage d’amour bien arrangé

Elle, Thérèse, ravissante, la taille fine, une artiste qui dessine ...
Lui, Fabien, séduisant, médecin chercheur ...



Leurs fiançailles sont annoncées en octobre 1909.


Le contrat de mariage est signé le 19 novembre 1909, au domicile de la famille de Thérèse, place des Célestins.

Sans tarder, le mariage est célébré le mardi 23 novembre 1909 à la mairie, suivi de la cérémonie à l’église Saint-François de Sales à 11h.
Les témoins de Thérèse sont ses deux oncles ; sa mère est veuve depuis neuf ans.
L'oncle paternel, Louis Chartron, est d’autant plus proche qu’il a épousé Fanny, sa tante maternelle.

L'oncle, Jean Morat, a certainement joué un rôle important pour organiser ce mariage, c’est ce que je vais vous expliquer ....


Le jeune couple part en voyage de noce en Italie, ils réalisent le rêve des jeunes gens de leur l’époque.
La photo ne laisse aucun doute, ces deux là sont heureux et amoureux.

Pourtant il semble bien que ce soit un mariage arrangé, ce qui était encore la norme au début du XXème siècle. En tout cas s’il y a eu des intermédiaires, on se doute que la tante de Thérèse a eu un choix judicieux. Son mari Jean Morat, professeur de médecine à Lyon est originaire du même lieu que la famille de ce jeune docteur
La tante comme la nièce épousent un docteur en médecine habitant le même lieu de Saint-Sorlin en Mâconnais.
Quelques années plus tard en 1920, Georgette, la jeune sœur de Thérèse a 25 ans, elle est mariée avec Pierre qui a 33 ans, c'est un cousin issu de germain de Fabien ; le couple a  exactement le même âge que Thérèse et Fabien lors de leur mariage.

Une histoire de cœurs
Fabien avait examiné 2000 cœurs avec les nouvelles techniques des Rayons X. En effet sa thèse de médecine qu’il a soutenue trois ans avant son mariage, s’intitule poétiquement « les aires de projection du cœur pathologique ».

Son cœur a semble-t-il trouvé en Thérèse la compagne idéale, leurs deux cœurs s’unissent pour 33 ans de vie commune.

Le cœur de Fabien s’arrête de battre en octobre 1942, terrassé par une crise cardiaque.
Sa veuve vit encore huit années, jusqu’en octobre 1950

La mémoire familiale retient que Thérèse a joué discrètement son rôle d’épouse qui a su assister Fabien A, elle dessinait les croquis de ses publications archéologiques. Elle avait une grande patience pour accepter son savant de mari, passionné par ses recherches mais parfois éloigné de la réalité quotidienne de sa nombreuse famille.

Pour mieux connaître Fabien, vous pouvez lire aussi :



Fabien A. un collégien déterminé dans ses résolutions

Pour rencontrer Thérèse, un #RDVAncestral le 20 octobre 1915 :

Promenade vers la Place Bellecour en 1915



2017-10-20

Fabien A. un collégien bien déterminé dans ses résolutions

Avant d’être un chercheur renommé, Fabien fut un collégien rebelle, à l’intelligence précoce. 


En mars 1890, je lui rends visite pour un rendez-vous ancestral (#RDVAncestral).
Dans la salle d’étude du collège de Mâcon, le jeune garçon de 13 ans est penché sur la lettre qu’il écrit à son père.
Il souhaite un échange de lettres tous les deux jours parce que, dit-il, je pourrai m’entretenir avec mon père sur l’histoire naturelle et surtout que je m’ennuie à mourir depuis quelques jours.
Fabien semble en colère et sa plume court sur le papier. Il pense à haute voix.
« Je vous demanderai aussi de bien vouloir m’expliquer ce que c’est que le vent »
« Je demande pourquoi à tout ce qu’on me dit, parce que si je ne sais pas pourquoi un chose se fait, je ne veux pas en entendre parler. »
Je n’ose l’interrompre, mais il lève les yeux et me dit que je peux bien lire ses lettres puisqu’elles seront censurées par le Père Noirot avant l’expédition.

Je vois que tu as été le premier en arithmétique. 
Sans attendre mes compliments Fabien enchaîne :
« J’ai été 1er en histoire et géographie ; dans la composition précédente j’avais été le 3ème. Mon aversion pour l’histoire devient plus grande de jours en jours. Bientôt je la haïrai tout à fait » …
« En fait d’histoire il n’y a que l’histoire naturelle qui puisse m’être utile »…
D’ailleurs j’ai commandé à ma marraine un dictionnaire d’histoire naturelle. « Si ma marraine ne veut pas payer mon dictionnaire entièrement je payerai ce qu’il faudra, mais j’en veux un à tout prix, l’histoire naturelle passe avant tout, vive l’histoire naturelle ! »

Nous savons que Fabien va se distinguer comme médecin radiothérapeute ; ainsi dès son plus jeune âge il avait vocation à soigner les malades. 

Relisons ensemble la lettre ci-dessus
« Je désire que vous me donniez un livre contenant toutes les maladies de l’homme, et énumérant les effets produits par ces maladies et comment elles se guérissent. Ou bien un livre disant comment on prépare un squelette et comment on le monte »

Le jeune garçon est déjà un chercheur qui fait des expériences sur les animaux pour comprendre « l’histoire naturelle » qui le passionne.
 «J’ai passé la grammaire française. Je l’ai bien sue. Jusqu’à présent je ne suis pas en retenue, c’est tout ce qui me faut. Mon but c’est pas de le passer pour être le premier, mais c’est pour ne pas être en retenue afin que je puisse prendre le squelette de plus de bêtes que je pourrais et d’apprendre le plus d’histoire naturelle que je pourrai. »

Fabien me demande si je connais le prix d’un scalpel. Il en aura besoin lorsqu’il rentra chez lui pendant les prochaines vacances de Pâques car il a plein de projets qu'il m’explique :


 « Chaque fois que j’ai un moment de libre, je cherche dans ma tête le moyen de trouver le moyen de prendre des bêtes et comment les monter. 
Aussi j’ai projeté pour les grandes vacances de chercher des bêtes crevés ou en vie tout la journée et de les dépecer tout la nuit. 
Et je veux qu’avant la fin des grandes vacances ma chambre du grenier soit rempli de rayons et que ces rayons soit remplis d’animaux réduits en squelettes. »

« Je vous écris pour vous demander combien un mulet ça coûte, l’idée m’est venu que si j’en achetais un ça me serait utile pour aller chercher des bêtes aux travers des bois et des montagnes. Et puis est-ce que copier une fois une liste de verbes irréguliers, ça peut vous les apprendre ? Je désire le savoir car j’ai ça à faire à cause que j’ai pas su le verbe saillir. Si ca ne peut pas m’y apprendre, je n’y ferai pas. Dites moi ce que vous pensez. »

La question semble s’adresser à moi, qui ne suis que l’épouse de son petit-fils, alors puisque je suis là auprès de lui, je me sens obligée de l’encourager à étudier avec patience dans cette pension si triste. Le docteur qu’il se prépare à devenir sera capable de maîtriser autant la grammaire que l’histoire, la géographie et tant d’autres connaissances qui feront de lui un savant respectable.

Ces lettres, adressées à son père en 1890, ont été conservées et c'est une belle surprise de pouvoir ainsi entendre la voix du jeune garçon attachant qui les a écrites.

Pour savoir ce qu'il va devenir, vous pouvez lire aussi :


2017-10-16

Fabien Arcelin, un radiologue pendant la Grande Guerre

Les rayons X

Le jeune étudiant se passionne pour les rayons X, la recherche est encore récente puisque les rayons X ont été découverts en 1895.
Fabien a soutenu sa thèse de médecine le 7 février 1906, à Lyon. Dans le laboratoire de l’Hôtel-Dieu, avec d’Etienne Destot, son directeur de thèse, il perfectionne les techniques de radiographie pour étudier les pathologies du cœur et son travail intéresse le milieu médical car les applications sont prometteuses.
En mai de cette même année, il est nommé chef du Laboratoire de Radiologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Lyon.

Les 5 pionniers de la radiologie à Lyon

Fabien est le plus jeune des cinq les pionniers de la radiologie : 
Etienne Destot, Victor Despeignes, Antoine Bouchacourt, Claudius Regaud. 
Ils sont actuellement mis à l’honneur dans l’exposition Rayons X aux Archives de Lyon.

Fabien Arcelin 1918

Entre 1914-1919 pendant la Grande Guerre

En 1914, Fabien a 41 ans.
En juin 1914, participant à un congrès, il envoie des cartes postales à sa femme depuis Berlin.

Mais les événements vont se précipiter dans les semaines suivantes.
Le 19 juillet, naissance de son premier enfant Élisabeth.
Le 2 août, déclaration de guerre, les médecins sont tous mobilisés, Fabien est affecté au service radiologie et au centre vaccinogène de l’Hôpital Desgenettes à Lyon qui se trouvait alors sur les quais de Rhône (à l’emplacement de l’actuel  Sofitel).
 .
Sa fiche matricule[1] est riche de renseignements sur ses responsabilités pendant cette période #1GM 

Le 28 décembre 1916 désigné pour équipage radiologique n°2 _1e division technique
Le 27 octobre 1917 promu médecin major 2e classe

Il est démobilisé le 26 octobre1919.


Le travail d'un radiologue #1GM


C'est un travail particulièrement difficile car les blessés affluent à Lyon qui est une ville hôpital réputée pour la qualité des soins.
Le docteur Arcelin contribue à perfectionner la radiologie et pratique la radiothérapie. Il améliore les instruments et le matériel, notamment la table radioscopique[1] «et surtout la rend moins dangereuse» comme on peut le lire dans cet article qui fait l'éloge avec humour.
Gazette médicale janvier 1916 source Gallica (note 1)
Le radiologue est un assistant essentiel pour le chirurgien, son fluoroscope aide à voir les zones à opérer, les balles et même les minuscules éclats d’obus à extraire.


Voici quelques cas, relatés dans La Gazette médicale de Lyon, (source Gallica)
parmi tous les blessés qu’il a contribués à sauver il y a ces hommes :
Soldat M , blessé le 30 décembre 1914. La radiographie pratiquée par M. Arcelin montre une balle de fusil dans la région ombilicale, bon rétablissement après l’opération.
Soldat blessé le 24 août 1914 déplacement de la balle dans la vessie qui a pu être localisée par la radiographie, le malade est opéré le 27/05/1915


Ses confrères sont élogieux mais le docteur Arcelin a déjà compris les risques liés à l’utilisation des rayons X [3] . Il sera le premier à lancer, dès 1911, un sondage auprès de ses confrères sur leur danger.

Sa vie de famille entre 1914-1919


Pour une présentation aux Archives de Lyon, il se trouve que j’étudie actuellement un fonds de correspondance de 1914-18 qui nous donne quelques nouvelles de la famille de Fabien à cette époque. Marie, l’épouse d’un cousin de sa femme, écrit que Thérèse a plus de chance que la plupart des épouses de militaires car son mari est resté pacifiquement à Lyon auprès d’elle. Bien sûr Marie n’est pas consciente du travail formidable du docteur Arcelin qui a sauvé tant de blessés.
Elle nous apprend qu’en 1918 Fabien travaille à l’hôpital de Valence où son mari est muté aussi.
D’ailleurs la famille de Fabien et Thérèse va s’agrandir, en 1915 -1916 et 1918 vont naître successivement Adrien, Suzanne puis Madeleine. Trois autres enfants arriveront les années suivantes. A eux sept ils constituent ce que leur père, trop occupé professionnellement pour les guider, appelle « ma meute ».

Fabien Arcelin est chevalier de la Légion d'honneur le 20/06/1920.



[1] AD71_1R_1896_4779_D

Pour lire l'article intégralement sur Gallica :
Le précédent billet montre la ligne de vie de notre grand-père


Dans le billet suivant , vous lirez ses lettres de collégien précoce

et vous ferez la connaissance de l'élue de son coeur

2017-10-09

Fabien A.


Puisque les Archives de Lyon[1] nous invitent à l'exposition Rayons X[2]
qui met à l'honneur les pionniers de la radiologie à Lyon,
il est temps de rendre hommage à Fabien Arcelin, l'arrière grand-père de nos enfants.


Pour aborder son histoire, le modèle qui s’impose c’est la ligne de vie.
Depuis que j’ai vu celles proposées par Élise[3], je me sers d’un tableau Excel pour mettre en ordre les dates, les événements, les sources. Ainsi commence à se dessiner son parcours.


J’ai cherché un logiciel pouvant inclure les photos dans une timeline.
J’ai testé TIMEGRAPHICS qui permet de créer une chronologie online.
Le résultat est intéressant même si je n'ai pas eu la possibilité de l'adapter comme je l'aurais voulu. On peut regretter que les photos soient minuscules, l’obligation de mettre des dates précises n'est pas ce qui conviendrait lorsqu’on ne connait qu’approximativement l’année du cliché. Je regrette de ne pouvoir intégrer un document de meilleure qualité sur ce blog. Mais le design est attrayant si on zoome sur la chronologie en ligne.

Voyez le résultat de la timeline,  il est provisoire car elle va s'étoffer d'événements et de photos.


 Fabien Arcelin a vécu entre 1876 et 1942

Ses descendants le confondent trop souvent avec son père Adrien, appelant ce dernier "Le Grand-Père". Ils connaissent peu de choses de sa vie car les exploits de ses filles effacent cet homme qui a pourtant réalisé de belles choses.

Moi même j'avoue ne pas savoir toujours attribuer son nom sur les photos où il faut veiller à le différencier de son père. Et voilà qu'au moment de les choisir pour ce billet j'ai des doutes sur la plupart des portraits.

Ce projet va nous permettre de rechercher des histoires de sa vie et de vous en faire le récit (si j’y arrive.)

D’autres billets sont en cours d'écriture:


Sa passion pour l’archéologie

Auriez-vous d'autres suggestions pour intégrer une timeline  avec des photos de meilleure qualité ?





2017-09-27

Une constellation familiale en Luberon

Nuit étoilée en Provence _ Vincent Van Gogh
Le ciel du Luberon offre une exceptionnelle luminosité, c'est à Saint-Michel que se trouve l'Observatoire de Haute-Provence.
Mon ancêtre, Jean Mauroux, qui habite Aubenas, s’est rendu à Saint-Michel pour déposer son testament chez Me Beaudin, notaire.

C’était en 1656, le vingt uniesme jour du mois d'aoust.

A cette période de l’été, les étoiles filantes enchantent les nuits provençales. Lorsqu’on en voit une, il faut vite énoncer trois vœux.
Les miens ont porté leurs fruits cet été ; ayant cherché ce testament à Digne, dans les archives 04, j’ai trouvé ce registre (cote2E12994) qui nous éclaire sur la famille.


La constellation familiale autour d’Estienne Mauroux (sosa 1162) se dessine et rassemble les individus dispersés dans les villages voisins où j'ai aimé m'attarder un soir d'été en pensant à leur vie.



Voici ses sœurs, et ses neveux (clic pour agrandir)

Ce testament nous apprend le prénom de l’aïeul, Balthazar Mauroux (sosa 4648).
Il y a trop de lacunes dans les registres paroissiaux d’Aubenas-les-Alpes qui ne commencent qu’en 1668. Hélas, je ne trouverai jamais les dates de naissance des enfants de Jean, ni aucun renseignement sur sa parenté.

L’épouse de Jean est Magdeleine Reynier (sosa 2325), j’aimerais bien pouvoir la relier à ses parents, notamment à Louyse Reynier avec qui Jean signe des quittances et dont le testament se trouve dans ce registre.
Je vais donc m’intéresser aux sœurs d’Estienne qui rayonnent autour d’Aubenas :
Catherine est l’épouse d’André Croze Magnan, demeurant à Saint-Mayme.
Venture au joli prénom est veuve d’Antoine Doneaud à Vachères.
Jeanne est l’épouse de Vincens Arneaud de Reillane.
Gaspard est marié avec Marguerite Simeon(ne).
Fils aîné, il hérite des propriétés de ses parents, ses sœurs ont été mariées dans les bourgs alentours, tandis qu'Estienne, qui habite Marseille, ne doit pas revenir souvent.
Pour parler d’Estienne, je ne connais de mon aïeul que son contrat de mariage avec Anne Gatte, en 1655, et celui de sa fille Thérèse Mauroux en 1677, dans les registres trouvés à Marseille.

Chacun a reçu son héritage lors du contrat de mariage. Le père fait quelques réajustements en leur donnant trois livres supplémentaires.
Il n’oublie pas de confier à Gaspard le soin d’entretenir et de nourrir sa mère, ce qui ne sera pas une grosse charge puisque Magdeleine Reynier ne survivra à son époux que quatorze mois.
Jean Mauroux va mourir le 1 octobre 1670 à Aubenas.


L’an dernier, j’ai visité avec ravissement le minuscule village d’Aubenas les Alpes et je vous propose de suivre le lien pour voir les belles rencontres qui m’ont fait découvrir les bastides Mauroux et Reynier. Je ne m’attendais pas à voir  ces maisons aussi solidement habitées.
A visiter :

2017-09-16

Une pension viagère en 1689

1689, le 4 novembre avant midi

Un Rendez-vous Ancestral 

Saint-Julien en novembre
Je retrouve Magdalene Verdelette qui m’avait si gentiment reçue lors du dernier #RDVAncestral. Elle a 74 ans.
« Veux-tu bien m’accompagner chez maître Dessene ? J’ai rendez-vous avec Claude, mon fils aîné pour valider « l’entier payement de la pention viagère qu’il est obligé luy faire annuellement » comme il le fait depuis trois ans puisque Roustan m'a laissée veuve.

En chemin nous apercevons Claude Aymar qui nous rejoint. Sa mère lui dit : 
« Regarde Claude, comme elle contente de nous rencontrer notre descendante ! Elle raconte qu’elle a un Rendez-vous Ancestral (#RDVAncestral) à Saint-Julien.
 « Bonjour, on se connait déjà, il me semble ? »
« Oui Claude, je vois que tu es en meilleure forme que lorsque je t’avais rencontré en 1680. Tu ne pensais pas vivre si longtemps n’est-ce pas ? »

Nous entrons dans la maison des notaires Dessene que je connais bien pour avoir tenu dans mes mains plusieurs de leurs registres.


Les témoins sont déjà arrivés.
Claude me présente Jean Philibert, il doit avoir 43 ans, il est marchand. 
Êtes-vous de la famille des maçons dont j’admire les œuvres dans le bourg ?
« Oui, mon frère, FrançoisPhilibert, est maître maçon. »
Les Philibert sont nombreux ici, mais François c’est mon ancêtre (sosa 696).
Le second témoin est aussi marchand, Jean Gaillardon est un jeune homme de 25 ans.  Il me confirme qu’il est le frère de Françoise Gaillardon, mon aïeule (sosa 344)

Je suis agréablement surprise de rencontrer aujourd’hui mes deux oncles Jean, que je ne connais guère.

Claude Dessene prépare plumes et papiers. 


Puis il interroge Magdalene qui dit avoir bien reçu la pension.
« Le dernier habit elle l’a receu le mois de novembre de l’année derniere ensemble les soliers dont comme contente ladite Magdalene en quitte ledit Aymar son fils »
La vieille dame est soigneuse, ce que j’avais pu constater lorsqu’elle m’a montré le contenu de son coffre et ses coutillons biens entretenus. Son habit constitué d’un jupon piqué, d’un jupon de dessous en flanelle, d’une chemise en lin, d’un caraco, d’un devanteau et d’un joli fichu. Elle a lustré ses chaussures en cuir de Barjols qui ne sont pas encore usées. Elle dit à son fils qu’elle économise cet habit et ces so[u]liers car elle est bien contente qu’il les lui ait donnés l’année dernière.

"Mais les pots de vins, Claude, tu ne me les as pas tous apportés !" 
La mère affirme qu’ « elle n’a receu que 40 pots de cette année à compter depuis le 20 may dernier. » 

"T'inquiète ! On va s'arranger, dit le fils. Et si tu nous invitais tous à aller boire un pot de vin dans ta maison.
J'aimerais que notre descendante nous montre comment les branches de son arbre vont se relier entre les familles Aymar, Philibert et Gaillardon."


2017-08-19

Une petite croix d’or et six mouchoirs …

« N’ai-je rien oublié : six mouchoirs, une petite croix d’or, six chemises… »

Magdalene compte une fois encore ce qu’elle a couché sur son testament. Elle lève les yeux et m’accueille en disant :
« Ah ! te voilà, il me semble te connaître. C’est toi ma petite fille ? »

En effet, lors de mon précédent RDVAncestral en 1640, j’avais fait ta connaissance Magdalene. C’était le jour de ton mariage. Nous avions eu la surprise de  rencontrer nos aïeux à la XIIe génération dans la cathédrale d’Aix-en-Provence.
« J’étais bien jeune alors, mais maintenant je pense à ma vie qui va se terminer. »

A Saint-Julien, en avril

Nous sommes le 22 avril 1688 après-midi.
Aujourd'hui le notaire, Claude Dessene, est allé dans sa maison à Saint-Julien pour la rédaction de son testament.


La vieille dame, âgée de 72 ans, ne m’a pas paru très malade, même si le notaire me dit qu’elle est « atteinte de maladie corporelle ».
Je vous rassure tout de suite, elle n’est décédée que trois ans plus tard, le 2 mars 1691.
A vrai dire je l’ai plutôt trouvée en bonne forme, Magdalene Verdelette est toujours verte, pas bien grosse et même maigrelette, 
«ayant neanmoins son bon sens, ferme parole, bonne veüe et connaissance ».
Elle paraît contente de ma visite, car elle veut me montrer du linge auquel elle tient. 


Son souci est de répartir le contenu de son coffre entre ses filles.
Je crois que Jeanne qui a 28 ans est sa préférée, c’est la première dont elle me parle. Elle me montre sa croix d’or qu’elle lui donne « et encore cinq sols outre et par-dessus ce qu’elle luy peut avoir donné en son contrat de mariage » il y a cinq ans.

« plus lègue à Thérèse Aymar son autre fille la somme de trente livres. »
Thérèse âgée de 35 ans est mère de cinq enfants, elle attend le sixième.

Magdalene ouvre son coffre à linge et déplie le coutillon, une jolie jupe en piqué, la pounche qui est une pointe, et un tablier en lisat, en m’expliquant que c’est du tissu de coton plus fort que le calicot. Voilà ce qu’elle donne à Thérèse « plus deux chemises, quatre mouchoirs et un tablier de lisat, un coutillon et une pounche aussi lisat »

Magdalene espère que « quoy que leser Jeanne et Thérèse Aymar ses filles soient contentes sans pouvoir rien pretendre davantage sur son bien et heritage »

Bien sûr, grand-mère ! c’est surtout l’intention qui compte : avoir une petite croix d’or ou un joli mouchoir de leur maman, cela leur portera bonheur.

Le prix de la croix est d’environ six livres, je le sais car le mari de Jeanne en a accusé réception pour sa femme, des hoirs de Verdelette (registre 3E 430) en 1691.

Et pour Anne qu’as-tu prévu ?
« plus legue à Anne Aymar son autre fille une chemise, deux mouchoirs et cinq sols »

Et vos fils ? Ne les oubliez pas chère grand-mère !
« plus legue à Claude Aymar son fils cinq sols »
Mais il est vrai qu’il y a eu beaucoup de transactions passées entre Magdalene et Claude son fils aîné qui lui verse une pension annuellement.
Jean Aymar le plus jeune fils sera son héritier universel.


Magdalene paraît contente d’avoir pu me montrer ce qu’elle réserve à ses enfants. Voilà une maman prévoyante. Ce soir elle se sent en pleine forme, apaisée d’avoir pris ses dispositions. Elle va profiter des jours qui viennent.


Famille Aymar au XVIIe siècle :






2017-08-11

La chute du ramasseur de pommes

Qui n’aimerait pas connaître la cause des décès de ceux qui sont couchés dans les registres de sépultures ?
Je vous racontais, dans le dernier billet, comment Hélène Capon était, contre toute attente, décédée à Gréoux et inhumée dans le cimetière à côté de cette église.

Gréoux, 04


Le curé a noté  :
« après avoir receu les sacremens pendant sa maladie »

Voilà une information que l’on trouve rarement mentionnée. Ainsi Hélène qui quelques jours auparavant a parcouru les treize kilomètres pour aller assister sa belle-fille, à l’occasion de la naissance de Claude, serait morte de maladie. Bien sûr on pense à une épidémie fulgurante puisqu’elle semblait en pleine forme pour avoir fait cette route peut-être à pied, peut-être avec une mule. Elle n’avait que 61 ans.

Une épidémie ?
J’ai eu la curiosité de lire les actes de la même époque. 
Le curé précise pour tous les défunts : 
« après avoir receu les sacremens pendant sa maladie ».

En 1713, on pense à une épidémie de peste, il faudrait rechercher si elle a sévi en Provence à cette période.

Continuons à tourner les pages de ce registre, voici un acte de décès insolite :


« Claude Gazagne agé d’environ cinquante ans après avoir receu les sacremens pendant sa maladie est mort le 29 daoust de l’année 1712 et a esté enterré le lendemain dans le cimetierre de cette parroisse en foy de quoy j’ai signé Boyer Vic[aire]»
La mention marginale attire notre attention, ce n’était pas une maladie, je poserais plutôt le diagnostic d’un traumatisme crânien, sans blessure apparente :
 « estant allé cueillir les pommes le dimanche il tomba de l’arbre et de cette chute il mourut le lendemain, sans fièvre, sans rupture sans dislocation et sans donner aucune marque que les parties interieures fussent interestées ».

Oh suprise ! L’acte suivant, daté du lendemain des funérailles, donne de mauvaises nouvelles de sa femme :
« Anne Bonnefille, veufve de feu Claude Gazagne, agée d’environ trente six ans après avoir receu les sacremens pendant sa maladie est morte le dernier jour daoust de l’année 1712 et a esté enterrée le lendemain dans le cimetierre de cette parroisse en foy de quoy j’ai signé Boyer Vic[aire]»

Morte de désespoir ? 
Croyez-vous vraiment à une maladie comme il est écrit une fois encore ? On aimerait que le sieur Boyer nous dise comment elle a mis fin à ses jours, cette jeune femme qui ne pouvait plus vivre sans son époux.

Et l’histoire ne s’arrête pas là
Six mois plus tard, en février 1713, leur petit Joseph âgé de trois ans est enterré à son tour. L’enfant qui n’est pas mort de maladie, n’a pas pu vivre sans sa mère.



2017-08-03

Hélène Capon

Hélène, Elaine, Helaine _  Capon, Caponne, Capoune
(Sosa 1401)

Elle est longtemps restée mystérieuse Hélène Capon, et son prénom me touche.

Alors qu’elle a vécu trente sept ans dans le Var, à Saint-Julien, elle a réussi à nous cacher ses trois actes BMS dans les archives 04 des Alpes de Haute Provence, dans des bourgs où je n’aurais pas pensé la chercher.


Voici ses trois actes Baptême, Mariage, Sépulture, 
néanmoins passionnants, mais qui résument si peu de la vie de mon ancêtre.

Naissance
Sa famille habite à Valensole lorsque naît Hélène Caponne, le 10 avril 1651. Honoré Capon est jardinier. La mère, Catherine Arnaud, donne ensuite trois sœurs à Hélène : Marie, Jeanne et Marguerite.


Mariage
A l’âge de vingt quatre ans, Hélène épouse Claude Aymar. Rien n’explique la raison pour laquelle leur mariage a été célébré à Manosque. Ce mariage a fait l'objet du billet précédent.

Le couple vit à Saint-Julien où naissent leurs onze enfants.

Décès
En 1712, Hélène a soixante et un ans. Elle se trouve dans la maison de Maximin, son fils qui habite à Gréoux. Marguerite, sa belle-fille vient d’accoucher, leur petit Claude est né le 30 décembre.
Le 4 janvier, notre grand-mère s’éteint, elle est enterrée à Gréoux.


"Hélène Capon femme de Claude Aymar du lieu de St-Julien estant venue icy pour les couches de sa belle fille, agée environ de soixante ans après avoir receu les sacremens pendant sa maladie est morte le 4e de janvier de l'année 1713 et elle a esté enterrée le lendemain dans le cimetierre de cette parroisse"


L'église de Gréoux 

Il me semble, en feuilletant les pages de ce registre, que plusieurs personnes sont mortes de maladie à cette époque. Le curé de Gréoux emploie la même formule dans tous les actes de décès.
Nous apprendrons cependant dans un prochain billet à rester prudent et à ne pas prendre à la lettre ce qui est inscrit dans les registres de sépulture.

Gréoux

2017-07-29

A Manosque, en 1675

Cette famille Aymar, je l’aime particulièrement, les noms et les prénoms de ces ancêtres me plaisent et je les retiens bien car ils n’appartiennent qu’à des personnes uniques. Ils sont souvent mal orthographiés et se cachent dans les relevés erronés.
Alors que les autres branches naissent, vivent et meurent chez nous, à Saint-Julien-le-Montagnier, ceux-ci me font languir avant de révéler leurs lieux de mariage. Mais ... quelles surprises ! ils me réservent alors :

Rostan Aymar et Magdalene Verdelette se sont mariés en 1640, dans la cathédrale Saint-Sauveur à Aix-en-Provence, je les ai rencontrés dans mon précédent billet.
Claude Aymar, leur fils aîné, a probablement été baptisé dans cette paroisse, mais les registres ayant disparu ce sera difficile à vérifier.

Décidément les situations se reproduisent, je trouve bien des similitudes dans le parcours de ces deux générations.

Manosque, Eglise St-Sauveur
Claude Aymar a épousé Hélène Capon(ne) en l’église Saint-Sauveur à Manosque, le 10/05/1675


Ah, si je pouvais avoir des ancêtres dans ces deux villes où j’aime me promener !


Nous nous trouvions à Manosque et nous sommes entrés cette église, typique du roman provençal, cet édifice prend dorénavant une importance dans notre histoire.

Manosque, église St Sauveur

Pourquoi le mariage a t-il été célébré à Manosque, alors qu'Hélène Capon est de Valensole ?
C’est d’autant plus étonnant que Marie, la sœur d’Hélène, s’est mariée à Saint-Julien, deux mois plus tard, le 12 juillet 1675.

Des donations à l’occasion de ce mariage
Les parents de Claude Aymar lui ont fait des donations à l’occasion de son mariage. Dans des actes passés chez le notaire à Saint-Julien le 8 mai, son père lui donne une terre au lieu-dit Serracaïe.


Lisons attentivement, car tout n’est pas donné intégralement :


«La vérité est que cette donation ne sera que pour la moitié de la terre que ledit Roustan Aymar possède aud[it] Serracaïe ne faisant lad[ite demission de pred que pour bonnes et certaines considérations et pour faciliter led[it] mariage promettant led[it] Claude Aymar ne se servir de donnation que pour la moitié de lad[ite]  terre et pour cet effect a obligé tous et chacuns ses biens presens et avenir à toutes cours requises soubs deubues renonc[iation]s et seret requis acte que a este fait et publié aud[it] St Julien
 […]
n’ont signé ny les parties pour ne savoir »


Dans l'acte suivant, sa mère, Magdalene Verdelette, fait ensuite donation de trente livres.



Claude a alors 35 ans et son épouse 24 ans.

Nous les retrouverons dans les prochains billets.